1. le [ lə ], la [ la ], plur. les [ le ] art. déf.
• 980; des cas-objet du lat. ille REM. 1) Le, la se réduisent à l' devant une voyelle ou un h muet : L'ami. L'école. L'habit. 2) Le, les précédés de la prép. à, se contractent en au ou aux ( à); précédés de la prép. de, en du ou des ( 1. de).
I ♦ LE, LA, LES devant un nom.
1(Devant un nom générique) Le chien est un mammifère carnivore. « L'homme est un Dieu tombé qui se souvient des cieux » (Lamartine). « L'homme est plus intéressant que les hommes » (A. Gide).
(Au plur., devant un n. pr. de famille) Les Bourbons. Les Médicis. « Les Rougon-Macquart », cycle romanesque de Zola. Les Goncourt : les frères Goncourt. — Fam. (au sein d'une famille) Les Jean : Jean, sa femme et leurs enfants.
2 ♦ LE, « article de notoriété », devant un nom désignant un objet unique très connu, ce qui est conforme à la norme, ce qui est connu de l'interlocuteur ou ce qu'on veut présenter comme un type (emploi « typique »). Le Soleil. La Lune. Fumer la pipe. Garder la chambre. Jouer la comédie. Avoir la fièvre. (Valeur poss.) Baisser les yeux. Il s'est cassé la jambe.
Jouer à l'innocent. « Qui veut faire l'ange fait la bête » (Pascal).
3(Devant les noms déterminés par un compl., ou une propos.) « Le Livre de mon ami », d'Anatole France. La lutte pour la vie. C'est l'homme dont je vous ai parlé. L'espoir de réussir. J'ai la certitude qu'il s'est trompé. (Devant des n. pr.) Le Bossuet des Oraisons funèbres. Le Néron de Racine. Le grand Corneille. Le vieux Paris.
4Valeur démonstrative ou exclamative Oh ! le beau chien. Debout, les morts !
5Valeur distributive (Devant un nom désignant une unité) chaque, 1. par. Cent francs la pièce. (Devant un nom de division du temps) « Trois ou quatre fois la semaine » (Flaubert). Le médecin reçoit le lundi, les lundis, chaque lundi.
6(Apr. certaines prép. et devant un nom de nombre) Pour indiquer une approximation Sur les deux heures, vers les huit heures. Cela coûte dans les cinquante francs.
7Devant un chiffre désignant ce qui porte ce numéro dans une série « On vous a donné la meilleure chambre, le 6 [...] . Tenez, le 3 qui est parti hier est resté plusieurs mois » (Simenon).
8Devant les n. pr. (de personnes) La Thénardier (dans « Les Misérables »).Fam. (Région.) La Marie, le Pierre. (d'apr. l'it.) Devant un nom de femme célèbre. La Pompadour, la Callas. Péj. « À mort le Blum ! » (Aymé).
(De lieu, sauf la plupart des villes) Le Rhin, l'Himalaya, la Corse, les Alpes, la France; Le Havre, La Bourboule.
9Devant un n. pr. pour en faire un nom commun La Renault (l'automobile) de mon père; le Renault (tracteur) de la ferme. Les Rubens (les tableaux de Rubens) de ce musée.
10Devant un mot substantivé « Les Misérables », de Victor Hugo. L'être. Le manger et le boire. Le pourquoi et le comment. « Les Jamais sont les Toujours » (Verlaine). L'important, c'est... : ce qui est important, c'est...
IIDevant un qualificatif
1Devant un adj. qualificatif se rapportant à un nom déjà exprimé Les affaires politiques et les militaires. Fam. Préférez-vous les (cartes postales) en noir ou les en couleurs ?
2Répété devant des adj. « La saine, la forte, la libre nature humaine » (R. Rolland). La grande et la petite industrie.
3Loc. adv. À LA, exprimant la manière. ⇒ à (IV, 2o).
IIIAvec le superl. ( plus, moins; mieux, pire, 2. pis) . Le mieux est l'ennemi du bien. « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux » (Musset ). Vx (sans répétition de l'art.) « Chargeant de mon débris les reliques plus chères » (Racine ). REM. Accord de l'art. et du superl. a) L'art. s'accorde avec le nom ou pron. auquel se rapporte le superl. quand on compare plusieurs êtres ou objets : C'est la femme la plus élégante que je connaisse. Voici les deux livres les plus rares de ma bibliothèque. Ce jour-là, elle a été la plus heureuse. b) L'art. reste inv. (le) quand on veut marquer qu'un être ou un objet atteint, au moment indiqué par le contexte, le plus haut degré d'une certaine qualité : C'est ce jour-là qu'elle a été le plus heureuse. Il reste de même à la forme neutre (le) quand le superl. modifie un verbe ou un adv. : C'est la femme que j'ai le plus aimée. IV ♦ L'UN... L'AUTRE; L'UN OU L'AUTRE; L'UN ET L'AUTRE. autre, un. — LE ( LA ) MÊME, LES MÊMES. même. — L'ON. on. — TOUT LE, TOUTE LA, TOUS LES. tout. — LE MIEN, LE TIEN, etc. mien. — LA PLUPART. plupart (la). ⊗ HOM. La, ; , lez; poss. lacs, las. le 2. le [ lə ], la [ la ] , les [ le ] pron. pers.
Xe; lo, 842; lat. ille
Pron. pers. objet ou attribut de la 3e pers. REM. Élision de le, la en l' :Je l'entends; ils l'hébergent; elle l'y a mis; je l'en remercie. — Apr. un impér., élision uniquement dans l'en et l'y : Faites-la entrer; faites-le apporter; faites-l'en retirer. I
1Objet direct, représentant : — un nom, un pronom qui vient d'être exprimé : Je le connais. Regardez-les; — un nom ou un pronom qui va être exprimé : « Il fallait l'éblouir ou l'attendrir, cette femme ! » (France). « Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici » (Hugo).
2 ♦ LE (valeur neutre). Cela, vous le savez comme moi. Partez, il le faut. Pars, si tu (le) veux.
3 Formant avec certains verbes des gallicismes Je ne l'entends pas de cette oreille. Le disputer à qqn. Je vous le donne en mille. L'emporter sur qqn. Se le tenir pour dit. L'échapper belle. Il la trouve mauvaise. Se la couler douce. Tu peux toujours te l'accrocher.
Par euphém. (désignant les parties sexuelles) Fam. On se les gèle. Tu nous les casses.
IIAttribut représentant un mot qui vient d'être exprimé ou, plus rarement, qui va être exprimé « Charmante, elle l'est dès maintenant » (Maurois). « Vous l'êtes, mal élevées, toutes les deux » (Bernstein).
REM. Accord du pronom. Le, la, les peuvent s'accorder en genre et en nombre avec le subst. qu'ils représentent : « La reine ? vraiment oui; je la suis en effet » (La Fontaine). — On utilise le pron. neutre le si le nom est pris en valeur d'adj. : « Une femme qui n'est pas une femme, qui ne le sera jamais » (A. Daudet), ou s'il représente un adj. ou un p. p. : « J'étais fatiguée tout à l'heure, maintenant je ne le suis plus » (Musset).

Le Anticorps anti Lea, anti Leb, anti LebH, anti Lebt, anti Lex, anticorps du système Lewis. Antigène Lea, Leb, antigène du système Lewis. ● Le (expressions) Anticorps anti Lea, anti Leb, anti LebH, anti Lebt, anti Lex, anticorps du système Lewis. Antigène Lea, Leb, antigène du système Lewis.

nom de deux dynasties du Viêt-nam. Celle des Lê antérieurs régna de 980 à 1009. Celle des Lê postérieurs (1428-1789), fondée par Lê Loi, connut son apogée sous le règne de Lê Thanh Tông (1460-1497). Il réforma profondément l'administration, réorganisa l'agriculture, lutta contre le Laos et le Champa. Grand lettré, il fonda une école littéraire, dite Tao-dan (Autel de la poésie), et composa des poèmes en chinois et en nôm. Mais à la fin du XVIe s., le règne des Lê ne fut plus que nominal, le pouvoir étant exercé par les Trinh dans le Nord et par les Nguyên dans le Sud.

I.
⇒LE1, LA1, LES1, art. déf.
[S'emploie devant un subst. (ou transforme ce qui suit en subst.) en indiquant qu'il est masc. sing., fém. sing. ou plur.]
I. — Emplois spécifiques. [Le locuteur présume que le contenu du subst. suffit à l'interlocuteur pour identifier ce dont il s'agit; le subst. qui suit a un référent repérable par rapport à un savoir donné, par rapport à l'espace construit par le discours ou par rapport à la situation énonciative]
A. — [Le référent du subst. est unique ou présenté comme tel]
1. [Dans la réalité ou dans le système de croyances ou le savoir commun] Mais je ne vais pas jusqu'à croire que ce que contient l'évangile soit sorti tout armé du cerveau du Christ (GOBINEAU, Corresp. [avec Tocqueville], 1843, p. 64). Le pharaon se leva (...) éclairé bizarrement, moitié par la lune qui se levait, moitié par la lueur des lampes (GAUTIER, Rom. momie, 1858, p. 227). Annie a toujours vécu chez son Papa, sa Maman, je suis sûr qu'elle croit au Bon Dieu, à la Sainte Famille... (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 224).
[Le subst. désigne une doctrine, une philos.] L'existence, l'Islam. Le christianisme mènera l'homme plus loin; l'homme peut s'en soutenir plus encore (GIDE, Journal, 1896, p. 95).
2. En partic. [Le subst. est un nom propre ou a cette valeur] Le Soudan, l'Angleterre, le Rhône. Rien de plus uniforme que cette riche plaine de la Beauce (MICHELET, Journal, 1831, p. 102) :
1. Faire reporter ces ossements dans le cimetière, c'eût été ébruiter un fait que tout le monde n'eût pas compris, et qui, sous la Restauration, eût pu être exploité contre ma famille par les prêtres.
SAND, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 228.
Au plur.
[S'emploie pour désigner les individus d'une même famille, d'une même dynastie] Les Médicis, les Bourbons, les Valois; les Goncourt, les Corneille étaient frères.
[Avec valeur emphatique] Les Corneille, les Racine sont la gloire du théâtre français (Ac. 1935).
Pop. [S'emploie devant un prénom] La Louise, le Marcel.
Vx ou HIST. [S'emploie devant les noms d'actrices ou de femmes célèbres] La Champmeslé, la Brinvilliers. La Malibran, la Patti (Ac. 1935). Outre que la présence de la Duvernoy était nécessaire pour tranquilliser le vieux duc, Prudence était une de ces femmes qui semblent faites exprès pour ces parties de campagne (DUMAS fils, Dame Camélias, 1848, p. 177).
Rem. S'emploie encore devant les noms de stars ou de cantatrices italiennes : la Callas, la Magnani.
Au masc. sing., p. ell. [S'emploie devant les noms de navire] Le Normandie, le De Grasse, le Redoutable, le Ville d'Oran, le Liberté.
Rem. Lorsque le nom est féminin ou est un nom de femme on utilise parfois la : la Liberté, la Marion-Dufresne.
B. — [La spécification du référent se fait par le contenu du syntagme nom.]
1. [Le subst. a un compl. de nom] LaJeune Fille : Étranger, salue la forte muraille d'Athènes. L'Étranger : Le tremblement de terre de la nuit dernière ne l'a-t-il pas ébranlée? (CLAUDEL, Rempart Ath., 1927, p. 1125). La bourgeoisie des camps s'est installée dans une quiétude médiocre au prix de concessions dont l'ensemble émascule et déshonore (AMBRIÈRE, Gdes vac., 1946, p. 185) :
2. J'avais eu un juste pressentiment quand, deux jours après le départ d'Albertine, j'avais été épouvanté d'avoir pu vivre quarante-huit heures sans elle.
PROUST, Fugit., 1922, p. 643.
[Le compl. de nom est un nom propre] Le principe d'Archimède; la maladie de Parkinson.
En partic. [Le subst. est un nom propre] V. infra B 2. Le Paris de ma jeunesse. Maintenant je suis sûr de ta guérison. Tu redeviendras le Feydeau d'autrefois. Mais il faudra te ménager un peu plus, mon bonhomme (FLAUB., Corresp., 1869, p. 50).
2. [Le subst. est l'antécédent d'une relative] Mais j'ai éprouvé quelque émotion en voyant pour la première fois celui sans l'intervention duquel nous serions en ce moment dans les larmes et dans le deuil (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 610). Tu n'as pas réfléchi que pendant les quelques semaines qu'elle passera là-bas, Lucienne sera livrée à elle-même (AYMÉ, Jument, 1933, p. 125) :
3. Il y a peu de mouvements sociaux plus singuliers que le destin de quelques grandes maisons de Nantes dans les années qui suivirent la guerre...
NIZAN, Conspir., 1938, p. 75.
En partic. [Le subst. est un nom propre] Le Paris qu'il imaginait n'existe plus.
3. [Le subst. est qualifié par un adj.] Le garçon qui servait à table nous avait dit avec raison que le paquebot anglais partait le premier (MICHELET, Journal, 1834, p. 122). M. Ritz, lorsqu'il lança son établissement, révolutionna l'industrie hôtelière européenne (FARGUE, Piéton Paris, 1939, p. 209).
En partic., p. ell. du subst. Ce repas, pour l'un de nous deux, sera le dernier, sera le viatique, dit alors Passereau (BOREL, Champavert, 1833, p. 214). Avant de partir, j'écrivis sous trois plis distincts au cardinal secrétaire d'État. Dans le premier, (...) je demandais à être reçu par lui (BILLY, Introïbo, 1939, p. 193).
4. [Le subst. est spécifié par d'autres procédés] À sept heures, le lundi 21 février, le commandant Gastaldi sortit de son P.C., accompagné du sous-lieutenant Mazel (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 5) :
4. C'est bien ce que je craignais, cher ami, le culte du matin, l'arbre de Noël le soir, et, dans les heures entre le matin et le soir, les faridondaines qu'on suspend, les petites bougies qu'on allume pour l'ornement des branches.
GIDE, Corresp. [avec Valéry], 1890, p. 40.
5. En partic., p. ell.
À la + adj. fém. À la manière, à la mode. Jardins à la française; œufs à la russe.
À la + nom propre. À la façon de. Veau à la Marengo. À côté de lui deux fragments presque finis d'Hérodiade, le dernier travail. On m'a permis, malgré la défense de les lire. L'un est en strophes à la Banville (8, 8, 8, 4) (VALÉRY, Corresp. [avec Gide], 1898, p. 335) :
5. ... et vraiment, l'après-midi d'hier, dans sa pose à la Praxitèle (...) il avait l'air d'un faune attardé.
GIDE, Journal, 1902, p. 119.
C. — [La spécification du référent se fait par une relation d'anaphore]
1. [L'anaphore est réalisée par le même subst.] Au sortir de Plassans, les insurgés avaient pris la route d'Orchères (...). La route remonte le cours de la Viorne, en suivant à mi-côte les détours des collines (ZOLA, Fortune Rougon, 1871, p. 162). Silence de commencement du monde. Mer vide, sans une voile. Les voiles s'en vont plus au nord, vers l'Amérique française ou anglaise, plus au sud, vers l'Amérique suédoise ou espagnole (MORAND, New-York, 1930, p. 6) :
6. — « Qu'est-ce que tu fais? » — « Regarde... Tu ne vois pas? Je fais un petit bateau. Je fais un petit bateau pour toi. Quand ta maman te donnera ton bain, tu mettras le bateau dans la baignoire, et il restera sur l'eau, sans tomber au fond. »
MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p. 867.
2. [L'anaphore est réalisée par deux subst. différents] M. le baron, au moment où il venait de racheter son château (...) était mort sans avoir eu le temps de faire exécuter les réparations et embellissements qui devaient mettre le manoir en état de recevoir convenablement madame la baronne et son fils (SANDEAU, Mlle de La Seiglière, 1848, p. 36) :
7. Mais Virginie lui répondait qu[e] (...) si Lantier s'avisait de la suivre, elle appellerait un agent et le ferait coffrer. Depuis un mois que son mari avait obtenu sa place de sergent de ville, la grande brune prenait des allures cavalières et parlait d'arrêter tout le monde.
ZOLA, Assommoir, 1877, p. 560.
3. [Le subst. décrit ou résume en des termes différents une réalité, un état de fait déjà mentionné] Voici trois cents pistoles, rends-moi mon enfant. Mais le chef, sans prendre l'argent, lui fit signe de le suivre (DUMAS père, Monte-Cristo, t. 1, 1846, p. 442). Il s'approcha de la sainte table et se signa comme un prêtre. Tous se signaient à leur tour. « Mes chers frères », leur dit-il, et il entama un discours véhément contre les mauvais chrétiens. La paroisse l'écoutait sans surprise, avec une attention fidèle (QUEFFÉLEC, Recteur, 1944, p. 26) :
8. Voyons, disait le juge, comment expliquez-vous que votre femme se soit blessée au point qu'on l'ait trouvée partagée en huit morceaux, sans que vous, qui étiez à côté, ayez pu faire un geste pour l'en empêcher, sans même vous en être aperçu. Voilà le mystère. Toute l'affaire est là-dedans.
MICHAUX, Plume, 1930, p. 138.
D. — [La spécification du référent résulte d'un lien de contiguïté avec un objet déjà mentionné ou fourni par la situation énonciative]
1. [Le subst. désigne un élément constitutif d'un tout ou d'un ensemble explicitement mentionné auparavant]
a) [Le référent est de nature spatiale] L'Anglais prit familièrement par le bras son ancien capitaine et le conduisit à son canot, dans lequel il le fit entrer. Quatre matelots étaient courbés sur les avirons et n'attendaient qu'un signal (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 3, 1859, p. 506). La pluie (...) avait pénétré dans sa cagna et, comme celle-ci était creusée en pente, cela faisait vers l'entrée une petite mare (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p. 257) :
9. Les gens battaient la semelle et regardaient au loin, espérant le train. Enfin, on le vit arriver, effrayant de rapidité, de puissance (...). C'était plein... plein... plein... plein... Voici une place! Juliette s'introduit dans le compartiment.
TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 31.
En partic. [Le subst. désigne une partie du corps]
[La partie désignée est celle du référent du suj. de la prop. ou de la pers. dont on parle] Il a mal à la gorge. Quel coup il a dû recevoir dans le cœur lorsqu'il ne m'a plus trouvée en rentrant, hein? (MURGER, Scènes vie boh., 1851, p. 253). Angélina, le cœur encore serré, s'achemina vers sa voiture, n'osant parler à qui que ce soit, sur le perron de l'église, ni lever la vue sur personne (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 180). V. appelant ex. 2 :
10. ... c'était un homme qui paraissait avoir trente ans au plus. Le front découvert, effleuré déjà par des rides précoces, les joues amaigries, l'œil enfoncé dans son orbite, la bouche mince et pâle (...) il avait une de ces figures qui passent pour laides aux yeux du monde...
SANDEAU, Mlle de La Seiglière, 1848, p. 119.
[La partie désignée est celle du référent du pron. datif contenu dans la prop.] Enfin! s'écria Marguerite en reparaissant, le voilà parti; ce garçon-là me porte horriblement sur les nerfs (DUMAS fils, Dame Camélias, 1848, p. 87). Comme tu es pessimiste, disait-elle en lui caressant les cheveux (NIZAN, Conspir., 1938, p. 166).
b) [Le référent est de nature temporelle] Samedi en huit, continua Angélina, après le marché, je pourrai aller avec toi à l'« Ami du Navigateur », pour pas que le Syrien te passe n'importe quoi (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 170).
2. [Le subst. désigne un élément ayant avec une réalité déjà mentionnée (une institution, une activité, un système, une pratique, un rituel social) un lien autre que celui de la partie au tout] Le soir, pris le thé à Holyhead et embarqué à onze heures pour Dublin. Dormi dans le paquebot (MICHELET, Journal, 1834, p. 135). Et il se laissa conduire, en face de l'Hôtel de Ville, dans un petit restaurant où l'on serait bien. Bouvard commanda le menu (FLAUB., Bouvard, t. 1, 1880, p. 4) :
11. Figurez-vous un homme qui voyage par une nuit de décembre sans lune et doublée de brouillards, et dites-moi un peu l'agrément qu'il aurait à regarder par la portière les effets du paysage.
TOCQUEVILLE, Corresp. [avec Gobineau], 1850, p. 101.
E. — [La spécification du référent résulte de la situation énonciative]
1. [Le subst. désigne un élément faisant partie d'un cadre fourni par la situation décrite ou par la situation de discours] Ce matin j'ai été réveillée par un grand bruit. Julie, qui dormait dans ma chambre, s'est précipitée dans la salle à manger (DUMAS fils, Dame Camélias, 1848, p. 286). Deux phares pointèrent vers le trottoir, m'aveuglèrent une fraction de seconde, puis, virant court, s'estompèrent dans un froissement de lumière sur le pavé gras (ABELLIO, Pacifiques, 1946, p. 9) :
12. Hier à huit heures Madame Bérenge, la concierge, est morte. Une grande tempête s'élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble.
CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 11.
2. [Le référent du subst. est la pers. à laquelle s'adresse l'énonciation] Le bel enfant! (Ac. 1935). V. eh1 I A CAMUS, Révolte Asturies, 1936, I, 2, p. 404; BILLY, Introïbo, 1939, p. 48; ZOLA, Pot Bouille, 1882, p. 99.
P. ell. du subst. « Aussitôt arrivés, l'hôtesse la regarde » : Entrez, entrez la belle; Entrez sans plus de bruit, Avec trois capitaines Vous passerez la nuit! (NERVAL, Filles feu, Angélique, 1854, p. 543).
II. — Emplois génériques
A. — Au sing. [L'art. précède un subst. qui n'a pas de référent spécifique; la réalité qu'il dénote est considérée dans le discours en question en tant qu'elle représente un genre, un type, une espèce, etc. (le signifie « quel qu'il soit »)]
1. [Le subst. dénote une réalité dénombrable] Tous les animaux sont pourvus d'organes plutôt singuliers que spéciaux, dans lesquels se montrent davantage la finesse et l'activité du toucher, comme les mains de l'homme, la trompe de l'éléphant, les moustaches du chat, les tentacules de l'insecte (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 161). Je tâche de te faire saisir les sentiments — légitimes ou absurdes — qui aident le poilu à supporter sa condition (ROMAINS, Hommes bonne vol., 1938, p. 215) :
13. « Nous sommes libéraux de père en fils », disaient-ils, voulant exprimer par là qu'ils restaient des négociants irréprochables... car le doctrinaire en révolte, dont le temps s'amuse avec une profonde ironie, ne fait souche que de gens paisibles.
BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 60.
2. [Le subst. dénote une réalité non dénombrable en raison de son caractère massif ou de son unicité]
a) [Le subst. dénote qqc. en tant que substance] Ce qui toutefois domine et a imprimé sa physionomie indélébile au paysage méditerranéen c'est la pierre calcaire, que bien rarement la végétation couvre d'un tapis assez épais pour l'empêcher de paraître à nu (VIDAL DE LA BL., Princ. géogr. hum., 1921, p. 156) :
14. Si l'on construit des thermomètres avec des liquides divers tels que l'eau, l'alcool, le mercure, on trouvera que ces instruments (...) ne marchent point dans un parfait accord...
COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 141.
b) [Le subst. dénote qqc. en tant que phénomène] Nous étions d'accord (avec toi) pour guérir le mal par l'exercice du mal (JOUVE, Scène capit., 1935, p. 129). Il n'existe rien de plus honteux que la mort et les hommes sont sages de se la cacher (NIZAN, Conspir., 1938, p. 219).
c) [Le subst. dénote qqc. en tant que domaine de connaissance ou d'activité] Il n'y a pas de hasard dans l'art, non plus qu'en mécanique (BAUDEL., Salons, 1846, p. 117). Non seulement la science ne peut nous faire connaître la nature des choses : mais rien n'est capable de nous la faire connaître (H. POINCARÉ, Valeur sc., 1905, p. 266).
d) [Le subst. dénote qqc. en tant que type d'action] Et ce qu'on faisait sans le voir, ce qu'on a fait sans le vouloir, on finit par le vouloir comme on le fait. Dans la conscience, dans la décision et dans l'exécution même, combien vite nous prenons le change (BLONDEL, Action, 1893, p. 178).
e) [Le subst. dénote qqc. en tant que capacité (à faire ou à éprouver qqc.)] Il a gardé de l'enfance le pouvoir de diriger ses rêves (...) il ignore (...) le remords (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 125) :
15. Mais dans la mesure où l'on envisage dans l'entendement l'homme lui-même, je veux dire une exploration du possible de l'être, la tache absorbe l'attention : ce n'est plus la tache qui se perd dans la connaissance, mais la connaissance en elle.
G. BATAILLE, Exp. int., 1943, p. 171.
3. En partic.
a) [Le s'emploie pour transformer un adj. ou un part. passé en subst. à sens générique] Le beau, le laid; tenter l'impossible. On nous a reproché d'autre part, de souligner l'ignominie humaine, de montrer partout le sordide, le louche, le visqueux, et de négliger un certain nombre de beautés riantes (SARTRE, Existent., 1946, p. 10).
b) [L'art. déf. s'emploie pour transformer n'importe quelle partie ou séquence de discours en subst.] Le moi; l'en soi; le qu'en dira-t-on; le boire et le manger. Il faudrait savoir le moment et le pourquoi des choses qui tombent dans le domaine borné de son intelligence (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 18). Ici, très loin dans l'autrefois, un ermite avait eu son sanctuaire (QUEFFÉLEC, Recteur, 1944, p. 31) :
16. Cependant l'analyse de la perception d'autrui rencontre la difficulté de principe que soulève le monde culturel, puisqu'elle doit résoudre le paradoxe d'une conscience vue par le dehors...
MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p. 401.
4. [Devant un nom de période temporelle ou un subst. dénotant une période temporelle]
a) Au sing. ou au plur., le + nom de jour. Synon. de tous les. Fermé le mardi; visite les lundis et les vendredis. Il était centre gauche, n'allait à la messe que les dimanches, et s'entendait à merveille avec les commerçants libéraux (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p. 567) :
17. ... à Marseille et à Limoges le vendredi-saint et la saint-Martial, le jour des garçons bouchers qui font alors la bombe et célèbrent ripailles...
CENDRARS, Bourlinguer, 1848, p. 247.
b) Au sing., Numéro + fois + le + subst. Synon. chaque. Trois fois le mois; s'en aller une fois l'an.
c) Sur/vers les deux heures, les trois heures.
5. [Devant un nom dénotant une unité de mesure, dans un énoncé exprimant un prix] Pour chaque. Deux francs le litre; six francs le kilo; douze livres la pièce.
Rem. Il peut arriver que la validité de l'emploi générique, repérable par « quel qu'il soit », se trouve contextuellement restreinte à un univers très limité. Quel problème que celui du déjeuner! Ils quittèrent le café au lait, sur sa détestable réputation, et ensuite le chocolat; — car c'est « un amas de substances indigestes » (FLAUB., Bouvard, t. 1, 1880, p. 76). Le seul son d'un instrument à cordes, ou d'une flûte, ou d'une voix, suffisait à soumettre aussitôt ma pensée. De même un geste, un rayon sur le sol (GIDE, Feuillet, 1896, p. 102).
B. — Au plur. [S'emploie pour parler de tout l'ensemble des choses, des pers. que dénote le subst.] Je m'adresse au hasard, dit l'ex-gamin de Paris, mais c'est un fier drôle, il n'aime pas les honnêtes gens (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p. 694). On attribua au libertinage, fréquent chez les vieillards riches, ce rapprochement du vieux duc et de la jeune femme (DUMAS fils, Dame Camélias, 1848, p. 15). Ce qui lui travaillait le siphon... c'était les trésors sous-marins!... (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 512).
C. — [Après de partitif] V. de2.
III. — Emplois intensionnels. [Le subst., en position de compl., n'a pas de référent précis et son sens s'ajoute à celui du verbe avec lequel il forme un tout, le apparaît ainsi dans un très grand nombre de loc. ou de tournures (qu'on trouvera traitées aux autres mots qu'elles comportent)] Aller à la pêche; tirer les marrons du feu; battre la mesure; faire la guerre, la paix; fumer la pipe; garder le silence; prendre la fuite. Il laissa, en style de marine, Lucien arriver, et retarda sa marche en ayant l'air de regarder le bas de la côte (BALZAC, Illus. perdues, 1843, p. 703). Il répliqua, avec le visible désir d'étonner : — Je leur fais la cour... (MIRBEAU, Journal femme, 1900, p. 201).
Rem. 1. Dans l'anc. lang. cet emploi de l'art. était beaucoup plus restreint, notamment avec les noms abstr. En fr. mod. l'absence d'art. déf. s'est maintenue. a) Dans des loc., des proverbes, des devises. Noblesse oblige; ventre affamé n'a point d'oreilles; bon chien chasse de race. b) Dans des comparaisons usuelles. Dur comme fer; bête comme chou. c) Dans certains groupes nominaux coordonnés consacrés par l'usage anc. ou formant loc. Les arts et métiers; les us et coutumes; (travailler) jour et nuit; (remuer) ciel et terre. d) Dans des syntagmes prép. ayant valeur d'adv., de compl. de nom ou formant loc. (Peindre) d'après nature; condamné à vie; gagner de vitesse; par monts et par vaux; pot à lait; pince à sucre. e) Dans des loc. verb. où le verbe et le nom forment une seule unité sém. Prendre parti; crier famine; tirer vengeance; rendre justice; faire faillite. f) Devant les noms de jours ou de mois. Il viendra dimanche, lundi; avril a été beau cette année (Ac. 1935). 2. Lorsqu'on veut donner plus de vivacité à une énumération de subst. on peut omettre l'art. déf. Il illustrait volontiers les événements de notre famille et de l'Université par des œuvres de circonstance : vœux de nouvel an, d'anniversaire, compliments aux repas de mariage, discours en vers pour la Saint-Charlemagne, saynètes, charades, bouts-rimés, banalités affables (SARTRE, Mots, 1964, p. 115). En partic. [L'art. déf. s'emploie pour former des particules grammaticales ou des mots-outils] Le plus, le moins, le mieux, le meilleur, le pire, le pis; l'un l'autre; le même, la même; tous les deux, trois, etc.; la plupart; le mien, le tien, etc.
Prononc. et Orth. : [], [la], [] et [le]. Élision de le, la devant voyelle ou h muet : l'ongle, l'amphore, l'habit, l'habitude. Liaison de les devant voyelle ou h muet : les armes [] et [le-]; les honneurs [] et [le-]. Par contraction, à + le + consonne ou h aspiré > au; de + le + consonne ou h aspiré > du (ex. pendre au tronc, tendre au héros, arracher du toit, s'emparer du héron); mais à ou de + le + voyelle ou h non aspiré > simple élision (ex. pendre à l'arbre, emprunter à l'histoire); à + les dans tous les cas > aux; de + les dans tous les cas > des (ex. pendre aux troncs, pendre aux arbres, croire aux histoires, consacré aux héros, arracher des toits, arracher des arbres, monter des herbes, s'emparer des hérons). Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. I. Formes A. 1. masc. a) sing. ) cas suj. — devant consonne ca 881 li (Ste Eulalie, 21, éd. HENRY Chrestomathie, p. 3 : li rex pagiens); fin Xe s. le (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 201 : le matins); mil. XIe s. le (St Alexis, éd. Chr. Storey, 236 : le pedre); — devant voyelle, forme élidée, fin Xe s. l' (Passion, 289 : l'altre); ) cas régime — devant consonne ca 881 lo (Ste Eulalie, 10, 14, 15, 22; 24 : Volt lo seule lazsier); 1re moitié Xe s. le (Jonas, éd. G. de Poerck, 168 : cum dist e le evangelio); fin Xe s. (Passion, 169, 173 : il querent le forsfait); — devant voyelle 2e moitié Xe s. l' (St Léger, éd. J. Linskill, 19 : l'ebisque); fin Xe s. (Passion, 236 : l'emperador); b) plur. ) cas suj. ca 881 li (Ste Eulalie, 3 : li Deo inimi); ca 1100 les (Roland, éd. J. Bédier, 547 : Les .XII. pers); ) cas régime ca 881 les (Ste Eulalie, 5; 16 : les empedementz); 2. fém. a) sing. ) cas suj. — devant consonne ca 881 la (Ste Eulalie, 10; 23 : La domnizelle); — devant voyelle 2e moitié Xe s. l' (St Léger, 75 : l'ira); ) cas régime — devant consonne ca 881 la (Ste Eulalie, 28 : Post la mort); — devant voyelle 2e moitié Xe s. l' (St Léger, 237 : l'anima); b) plur. ) cas suj. fin Xe s. las (Passion, 234 : las voz; cf. id., 397 : les custodes, leçon rejetée, v. note); ca 1100 les (Roland, 91); av. 1123 [ms. L] les (St Alexis, prol. : les quels [cascun memorie spiritel] vivent purement); ) cas régime 2e moitié Xe s. las (St Léger, 151 : las poenas granz); fin Xe s. les (Passion, 260 : Ab les femnes); mil. XIe s. (St Alexis, 366 : les anames baillir). B. Formes contractées par enclise de l'art. déf. avec les trois prép. 1. en a) + art. déf. masc. sing. ca 881 enl (Ste Eulalie, 19 : Enz enl fou); mil. XIe s. el (St Alexis, 162); b) + art. fém. sing. ca 1200 el (Dialogues Grégoire, 150, 19 ds T.-L.); c) + art. masc., fém. plur. ca 1100 es (Roland, 1684 : es cartres e es brefs); 2. a a) + art. masc. sing. 2e moitié Xe s. al (St Léger, 14); b) + art. fém. sing. ca 1170 al (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec, éd. W. Foerster, 4263, var. ms. H, Bibl. nat. fr. 1450, XIIIe s. : al nuit); c) + art. masc., fém. plur. 2e moitié Xe s. als (St Léger, 206); mil. XIe s. as (St Alexis, 94); 3. de a) + art. masc. sing. [832-840 topon. Camdonpont (Cartul. abbaye de Redon, éd. A. de Courson, p. 94) transcrit Cansdoupont [= campus de illo ponte] par F. DE LA CHAUSSÉE, Morphol., § 54]; 2e moitié Xe s. del (St Léger, 235); b) + art. fém., masc. plur. id. dels (id., 7, 9). II. Emplois syntaxiques A. Accompagne un nom commun a) ca 881 le nom est déterminé par une épithète (Ste Eulalie, 5 : les mals conselliers); peut accompagner les adv. plus ou moins signifiant le superl. rel. mil. XIe s. (St Alexis, 624 : la plus durable glorie); b) 2e moitié Xe s. le nom est déterminé par une prop. rel. (St Léger, 14 : Al rei lo duistrent soi parent Qui donc regnevet a ciel di); mil. XIe s. (St Alexis, 77 : la nef est preste ou il deveit entrer). Présentatif de ce qui se réfère à une notion connue (valeur de notoriété), désigne 1. a) ce dont il a déjà été question ca 881 (Ste Eulalie, 23); b) ce qui est unique ou dont la notoriété est universelle id. (id., 28 : la mort); fin Xe s. (Passion, 311 : la luna; 390 : li soleilz); c) un type général, toute une classe d'individus mil. XIe s. (St Alexis, 302 : e li rice e li povre); 2. désigne ce dont la présence est impliquée nécessairement par la situation contextuelle a) 2e moitié Xe s. les parties du corps comme postulées par l'existence même de la personne évoquée (St Léger, 154 : Lis ols del cap li fai crever); fin Xe s. (Passion, 92 : A.ssos fedels laved lis ped); b) ca 1100 les pièces de l'armement comme constituant nécessairement l'équipement du chevalier que l'on évoque (Roland, 1199 : L'escut li freint e l'osberc li desclot); 3. détermine le numéral désignant une fraction d'un ensemble (les parties étant de même postulées par l'existence du tout) 2e moitié Xe s. un numéral cardinal (devenu pron.) (St Léger, 223 : Quatr' omnes i tramist armez Que lui alessunt decoller. Li tres vindrent a sanct Lethgier); id. numéral ordinal (id., 227 : Lo quarz, uns fel, nom a Vadart); 4. art. à valeur distributive a) 1176-81 devant un nom d'unité de mesure de longueur (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier Lion, éd. M. Roques, 2957 : pres iert, qu'il n'i ot pas Plus de demie liue un pas, Des liues qui el païs sont, Car a mesure des noz sont Les deus une, les quatre deus [ici, l'adj. numéral cardinal est devenu pron.]); b) début XIIIe s. devant un nom d'unité de temps (St Alexis en octosyllabes, 35, éd. G. Paris ds Romania t. 8, p. 170 : Treis feiz le jor); 5. art. à valeur démonstrative mil. XIe s. (St Alexis, 537 : Unches en Rome nen out si grant ledice Cum out le jurn); 6. devant un nom mis en apostrophe ca 1100 (Roland 1907 : Li nostre deu, vengez nos de Carlun). B. Accompagnant un nom propre 1. fin Xe s. nom de personne (Passion, 30 : Jesus lo Lazer suscitat; 489 : Lo Satanas); ca 1100 le titre est signalé par l'art. comme estimé présent à la pensée de tous (Roland, 7 : Li reis Marsilie); 2. 1140 un nom géogr. (Charroi de Nîmes, éd. D. McMillan, 209 : el Toivre [le Tibre]). C. Fait fonction de pron. Pron. anaphorique d'un subst. déjà énoncé ou s.-ent. et recevant la détermination 1. d'un subst. au cas régime a) 2e moitié Xe s. anaphorique d'un subst. déjà énoncé (St Léger, 118 : Vindrent parent e lor amic, Li sanct Lethgier, li Ewrui); mil. XIe s. (St Alexis, 7 : Al tens Noë ed al tens Abraham Ed al David...); b) 1176-81 d'un subst. s.-ent. (CHRÉTIEN DE TROYES, Chevalier Lion, 2576 : Huit jorz aprés la Saint Johan); 2. d'une épithète fin Xe s. (Passion, 143 : Judas li fel; 161 : Jesus li bons); ca 1100 (Roland, 3033 : Oger li Daneis); de cet emploi est né le pron. poss. à partir de l'adj. poss. : mil. XIe s. (St Alexis, 372 : Li apostolie tent sa main a la cartre; Sainz Alexis la sue li alascet), v. G. MOIGNET, Gramm. de l'a. fr., p. 105; v. aussi mien, tien, etc. L'art. déf. est issu du lat. ille, dém. de la 3e pers., dont la valeur de notoriété convient à la détermination [ille homo « l'homme que vous connaissez »] : li-lo, le; li-los, les; las, les sont issus, avec aphérèse subie en position proclitique, de (altération de ille d'apr. le rel. ) -illu; illa; -illos; illas, le paradigme lat. étant réduit à 2 genres et 2 cas. En fr., l'art. s'est fixé devant le nom, fait prob. postérieur à la séparation de la Dacie (271), l'art. étant postposé en roumain. Bien que le lat. ne connût pas l'art. déf. à proprement parler (ERN.-TH., § 217), la création d'un déterminant s'annonce dès le lat. par certains emplois affaiblis des dém., dont on peut citer des ex. dans la langue pop. depuis PLAUTE (v. la recension critique de E. LÖFSTEDT, Syntactica, I, pp. 359-365, ainsi que TLL, s.v. ille, 358-359, § II). En dehors des cas, les plus nombreux, où ille supplante is dans son emploi anaphorique, et de ceux où, au neutre, il sert à détacher du contexte un mot considéré en lui-même (PLAUTE, Miles, 819), on remarque que les cas les plus probants faisant prévoir l'apparition de l'art. rom. sont ceux où ille est utilisé dans l'expression d'une opposition ou d'une comparaison (ille alius, ille alter; ille major, ille minor; ille prior); de plus dans les textes de l'Itala, il calque souvent l'art. gr. (ERN.-TH., § 216-218; VÄÄN., § 275; LÖFSTEDT, pp. 64-65; B. LÖFSTEDT, Studien über die Sprache der langobardischen Gesetze, pp. 264-268, ainsi que TLL, loc. cit., 357-358, § D); cependant, la création de l'art. déf. proprement dit ne remonte pas au delà de l'époque rom.; cf. ital. il, la, esp. el, port. o, a, en face du sarde su, sa, issu du lat. ipse, ipsa, concurrent de ille en lat. du Ve au Xe s. (notamment dans les régions bordant la Méditerranée) et dont les représentants sont aussi conservés dans une partie des parlers gascons et catalans. Formes contractées, au (issu de à + le), aux (à + les) qui a éliminé une anc. forme es et des (de + les). Bbg. FERRARI (G.). Ét. syntaxique des déterm. le et un ds la phrase à verbe être. Cah. Inst. Ling. Louvain. 1980, t. 6, n° 3/4, pp. 69-112. - GUILLAUME (G.). Particularisation et généralisation dans le syst. des art. fr. Fr. mod. 1944, t. 12, pp. 94-107; Le Prob. de l'art. et sa solution dans la lang. fr. Paris, 1975 [1919], 318 p. - HARRIS (M.) « Demonstratives », « articles » and « third person pronouns » in French... Z. rom. Philol. 1977, t. 93, n° 3/4, pp. 249-261. - HERIAU (M.). Le Verbe impersonnel en fr. mod. Paris, 1980, pp. 800-821. - IBRAHIM (A.H.). Effets argumentatifs de l'oppos. un/le. Semantikos. 1980, t. 4, n° 2, pp. 1-15. - KLEIBER (G.), MARTIN (R.). La Quantification universelle en gr. Semantikos. 1977, t. 2, n° 1, pp. 19-36. - LE FLEM (D.). Relation entre l'antéposition de l'adj. dans le synt. nom. R. Lang. rom. 1975, t. 81, pp. 467-468; Syst. des degrés de compar. en fr. contemp. et statut du morph. le ds l'expr. du superl. Vox rom. 1975, t. 34, pp. 140-159. — SPENCE (N.C.W.). A Note on the history of the Fr. definite articles le/la/les. Rom. Philol. 1976, t. 29, pp. 311-318. - WILMET (M.). Gustave Guillaume et son éc. ling. Paris, 1972, pp. 36-38.
II.
⇒LE2, LA2, LES2, pronom. obj. dir.
[Le, la, les renvoient respectivement à un subst. masc., fém. ou plur. déjà mentionné dans le discours ou qui va l'être par la suite (ex. 3, 4, 5, 6); le peut renvoyer aussi à un contenu propositionnel mentionné auparavant dans le discours ou qui va l'être par la suite (sous forme d'une assertion, d'un ordre, d'une question ex. 1, 2, 7)]
I. — [Le est uniquement lié au verbe qu'il précède ou qu'il suit le plus immédiatement]
A. — [Le est compl. d'obj. dir.]
1. [Le précède le verbe]
a) [Le verbe est à un mode personnel autre que l'impér.] On pose la victime sur le matelas gonflé d'air, et on la pousse vers le large (REYBAUD, J. Paturot, 1842, p. 269). — Qu'est devenu Armand? — Je l'ignore. Nous l'avons très peu connu (DUMAS fils, Dame Cam., 1848, p. 40). La seule différence qui existe entre les diables et les brigands, c'est que les diables sont moins noirs qu'on ne le dit, et les brigands plus crottés qu'on ne le suppose (ABOUT, Roi mont., 1857, p. 65). Et je savais qu'il préférait ne pas retourner chez ses parents... Les parents, n'est-ce pas, une fois qu'on les a quittés... (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1193). — Chloé me tape sur le plexus solaire; tu piges? — Tu es amoureux... plus que je ne le croyais (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 85).
Rem. Le neutre peut être omis dans les incises, avec pouvoir, vouloir, falloir et avec les verbes exprimant un certain mode de connaissance (savoir, penser, croire, ignorer, dire, etc.). As-tu raison? Je ne sais. Je ne serais pas venu si j'avais su. Vous voudriez, j'imagine, être à ma place (Ac. 1935).
b) [Le verbe est à un mode nominal, inf., part. ou gérondif]
[Inf.] Plus d'une fois, elle avait été obligée de me rappeler pour l'aider à grimper aux rochers, tandis que, sans songer à elle, je m'étais déjà élancé plus haut (MUSSET, Confess. enf. s., 1836, p. 253). Marthereau, lui, en a [des paires de bas] qui ne sont pas du même ton toutes deux, car il n'a pu trouver pour les débiter en lanières deux bouts de capote aussi usés et aussi sales l'un que l'autre (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 19). Papa vient assez rarement à Paris, comme vous pouvez le penser (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 57) :
1. Mon départ, je puis le dire sans me vanter, a désorganisé la justice militaire!
VERCEL, Cap. Conan, 1934, p. 227.
[Part. ou gérondif] — À ce soir, dis-je à Marguerite en la quittant. Elle ne me répondit pas (DUMAS fils, Dame Cam., 1848, p. 226). — Allons, Monsieur Bernard, bonsoir et bonne nuit! dit le Marquis en le saluant de la main (SANDEAU, Mlle de La Seiglière, 1848, p. 162). Pendant longtemps il s'était consacré à promener les Anglais dans Ermenonville, en les conduisant aux lieux de méditation de Rousseau (NERVAL, Filles feu, Sylvie, 1854, p. 619).
c) [Le verbe est à l'impér. négatif] Ne l'achetez pas; ne le répétez pas. Ne la réveillez pas, dis-je doucement, pour inviter la voisine, tout au moins, à baisser la voix (GIDE, Symph. pastor., 1919, p. 878).
2. [Le suit le verbe à l'impér. positif] Avoue-le, ce n'est pas moi que tu aimes, c'est Élisabeth (MAURIAC, Mal Aimés, 1945, I, 1, p. 158). Soit deux territoires ayant chacun sa firme dominante; au lieu de considérer chaque territoire comme fermé, couplons-les l'un à l'autre (PERROUX, Écon. XXe s., 1964, p. 183) :
2. LIA : Peu importe. Va-t'en... JEAN : Mais dis-le donc qu'il est le plus beau! LIA : Il est le plus beau, du monde et de ma vie.
GIRAUDOUX, Sodome, 1943, II, 8, p. 155.
B. — [Le est attribut du suj.] C'est un vrai paysan du Danube, et ravi de l'être (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 4, 1920, p. 495). Martyrisé par les mouches, il se disait que les taureaux l'étaient encore beaucoup plus que lui, ce qui lui permit enfin d'aimer son mal (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 527). Vanité de ce cri d'homme du désert! Vous êtes tels que si vous l'aperceviez comme moi, vous ne pourriez plus l'être (G. BATAILLE, Exp. int., 1943, p. 82) :
3. Si je ne craignais d'être impoli, je vous dirais tout cru que vous me semblez en démence. — Je le semblerais à beaucoup d'autres, monsieur.
BOREL, Champavert, 1833, p. 191.
C. — Rare. [Le est « sujet logique » (« séquence ») d'un verbe impersonnel] La chose n'était pas si simple qu'elle le paraît à l'écrire. Surtout elle n'était pas seulement, comme il le semble « du côté » de Simone (PAULHAN, Œuvres complètes, t. 1, p. 67 ds M. HÉRIAU, p. 83, infra bbg). Plus précisément, comme il l'a été écrit dans les colonnes du no 7, qui est à l'origine de l'inculpation, ce journal se veut l'annonce d'une nouvelle presse (BEAUVOIR, Lettre au Monde, 16 oct. 1970, p. 26, ds M. HÉRIAU, p. 84, infra bbg).
II. — [Le se construit avec un groupe de deux verbes dont le premier est laisser, faire ou un verbe de perception]
A. — [Le est compl. d'obj. dir. du premier verbe tout en conservant une fonction logique par rapport au second verbe]
1. [Le est le suj. logique du second verbe]
a) [Le second verbe n'a pas de compl. dir.]
) [En dehors de l'impér. positif, le précède le premier verbe] Sa révolution sur elle-même, est de vingt-trois de nos heures, suivant Cassini, qui l'observa, en 1700, avec une lunette de seize pieds, qui la lui fit paraître trois fois plus grande que la lune à la simple vue (BERN. DE ST-P., Harm. nat., 1814, p. 350). La frégate marchait rapidement, toutes voiles dehors, et je ne la sentais pas aller (VIGNY, Serv. grand. milit., 1835, p. 173). Un homme était là gisant — quelque escogriffe! Que Trac vous houspillait du croc et de la griffe. J'eus une peine énorme à le faire lâcher (PONCHON, Muse cabaret, 1920, p. 269) :
4. La peinture est tout autre chose (...). L'esprit seul s'y peut mouvoir, en tous sens, (...) plonger les formes dans l'ombre, les faire saillir dans le jour...
FAURE, Espr. formes, 1927, p. 38.
) [À l'impér. positif, le suit le premier verbe] Au même moment, Marceau et dix autres officiers supérieurs passaient derrière les rangs, criant : — Laissez-les approcher! Laissez-les approcher! (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 2, 1870, p. 217). — Faites-le décamper tout de suite; qu'il ne reste pas une seconde de plus à la compagnie! Il finirait par passer au conseil (BENJAMIN, Gaspard, 1915, p. 130). Regardez-le, écoutez-le ronfler, il rêve, il rêve qu'il part en voyage, rêve que tout va bien (PRÉVERT, Paroles, 1946, p. 15).
b) [Le second verbe a un compl. dir. réfl.] M. Prévère continuait de rester les bras croisés, dans une attitude de réflexion (...) je pris le parti de m'asseoir, dans l'espérance que je le verrais bientôt s'ôter de cette fenêtre où sa présence m'imposait une grande gêne (TOEPFFER, Nouv. genev., 1839, p. 26). Il aurait dû feindre de ne rien soupçonner, et les laisser se trahir tout doucement (MAUPASS., Contes et nouv., t. 2, M. Parent, 1886, p. 610). Il put attirer les ennemis en des places où telle pile menaçait de choir, et les faire s'abîmer avec elle (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 125).
[À l'impér. positif] Mes enfants! cria alors M. de Kergaz, s'il m'arrivait malheur... Si cet homme venait à me tuer, laissez-le s'en aller, mais veillez sur la comtesse (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 3, 1859, p. 504).
c) Rare. [Le second verbe a un compl. dir.] :
5. Mon oncle et Alissa devaient aller, en juin, rejoindre, aux environs de Nîmes, Juliette, qui attendait un enfant vers cette époque. Des nouvelles un peu moins bonnes les firent précipiter leur départ.
GIDE, Porte étr., 1909, p. 552.
Rem. Avec faire, le est normalement remplacé par un datif. V. lui.
2. [Le est le compl. logique du second verbe] Le dauphin ne reviendrait qu'avec le duc de Bourgogne, et seulement si le conseil voulait maintenir d'autre sorte la paix et le bon ordre dans le royaume. Alors on résolut de le faire arrêter (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 113). Il a fait lui-même un pamphlet contre M. Mairobert, et il a eu l'étourderie de le faire imprimer là-bas (STENDHAL, L. Leuwen, t. 3, 1836, p. 41). Faites-le désarmer tout doucement par Slick. Il n'a qu'un revolver. Si on le lui prend, c'est fini (SARTRE, Mains sales, 1948, 6e tabl., 1, p. 224).
B. — [Le est compl. d'obj. dir. du second verbe]
1. [Le précède le second verbe] Paysan, apporte-nous une grande marmite pleine d'eau et laisse-nous la mettre sur ton feu! (CLAUDEL, Soulier, 1944, épil., 1, p. 1085) :
6. « On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre », répondit-il. Le voyant dans ces dispositions, Thomas le pria de le laisser l'accompagner au presbytère...
QUEFFÉLEC, Recteur, 1944, p. 220.
2. [Le précède le premier verbe (le suj. du second verbe prend alors la forme d'un datif)] Ses mains seulement étaient extraordinairement froides et s'engourdissaient. On les lui fit mettre dans de l'eau tiède (KRÜDENER, Valérie, 1803, p. 275). Écoute, dit Petit-Claud, défie-toi du caniche... — Tu ne le connais pas, s'écria David. Kolb, c'est comme moi-même. — Veux-tu me le laisser éprouver?... (BALZAC, Splend. et mis., 1847, p. 601) :
7. LE PRINCE : Chez lui!... (À Éva). Mais alors, il n'était donc pas où vous dites, madame?
ÉVA, vivement : Si!... avant!
LE PRINCE, la regardant fixement : Vous êtes bien pressée de me le faire croire!...
SARDOU, Rabagas, 1872, V, 4, p. 230.
Rem. Le doit toujours précéder faire.
III. — [Le, la, les entrent comme compl. dir., dans un grand nombre de loc. (qu'on trouvera traitées aux autres mots qu'elles comportent)] Se la couler douce, la bailler belle, l'emporter sur qqn, ne pas l'entendre de cette oreille, etc.
Rem. 1. En dehors de l'impér. positif, le pronom datif de 3e pers. (non réfl.) (infra a) ainsi que en (infra b) et y (infra c) suivent le; le pronom datif réfl. (infra d), ainsi que le datif de première ou de seconde pers. (infra e) le précédent : a) Il avait oublié l'anneau de mariage pour sa femme, lorsqu'il alla se marier dans le Limousin. Il tira de son doigt l'anneau de Peytel et le lui donna (GONCOURT, Journal, 1864, p. 91). Sur ces entrefaites, Susannah quitta le piano. Je cueillis un bouquet sur la table et vins le lui offrir avec des yeux railleurs (VILLIERS DE L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 135). Léo : Georges, je suis restée seule avec cette petite, après votre départ. Nous avons parlé, autant que son état le lui permettait, bien entendu (COCTEAU, Par. terr., 1938, III, 1, p. 270). b) Une fois dans la sacristie, il se montra plus traitable encore. Il ne réclamait plus les pièces pour le jour-même. Il implorait qu'un jour ou l'autre, seulement, et quand Thomas l'en jugerait digne, il rentrât en possession de son or (QUEFFÉLEC, Recteur, 1944, p. 40). Didace était étendu tout rond par terre près du poêle (...). Alors (...) elle alla chercher une courtepointe pour l'en couvrir (GUÉVREMONT, Survenant, 1945, p. 161). c) Elle ne veut même pas se demander combien de temps la retiendra, dans cette maison de la colline, le caprice qui l'y a conduite (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 195). Le torrent ne produit de l'électricité que si l'homme l'y contraint (VAILLAND, Drôle de jeu, 1945, p. 171). d) Comme quelqu'un qui sans vouloir se le formuler à lui-même sait au fond qu'il a pris son parti et que ce n'est plus qu'une question de temps (DU BOS, Journal, 1927, p. 242). e) — Oui, vous savez bien, cette belle montre à répétition que vous faisiez sonner dans la bibliothèque (...). Eh bien! elle est retrouvée, on vous la rendra (MÉRIMÉE, Carmen, 1847, p. 26). — Tenez, continua Andrea, jurez-moi que ce que je vais vous demander, vous le ferez si je meurs? — Je te le jure (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 3, 1859, p. 403). — Tais-toi, tu vas nous la tuer, répétait la mère Malorthy. Misère de nous! (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 74). Je voudrais pouvoir te la retrouver sa photo de jeunesse! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 498). Dans la lang. pop. ou relâchée le groupe le lui (ou le leur) se réduit souvent à lui (ou leur). C'est une lettre pour m'ame Matthieu... Faut que je lui remette à elle-même (SUE, Myst. Paris, t. 5, 1843, p. 354). Dis donc, tu ne crois pas qu'elles nous laisseraient dormir dans leur grange? — Je vais leur demander (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 221). 2. À l'impér., le suit immédiatement le verbe et précède le pronom datif. Il demande qu'on lui laisse ce coffret, le docteur assure qu'il n'y a aucun danger. — Le Commandant : Laissez-le lui (SUE, Atar-Gull, 1831, p. 31). — Haynes. Allez jusqu'au poste de sans-fil. Prenez tous les télégrammes qu'ils ont reçus. Apportez-les moi (PEISSON, Parti Liverpool, 1932, p. 243). Venez demain! Madeleine : Mais... Léo : Il n'y a pas de mais. À cinq heures. C'est un ordre. Jurez-le moi sur Michel (COCTEAU, Par. terr., 1936, II, 12, p. 266). Minutello : Mon ami, c'est une bizarre entreprise pour un homme veuf que d'élever deux filles. Bartholomeo : Elles vous donnent du souci? Minutello : Plus que tous les marchands de laine de Florence, de Londres et de Bruges. Silvio : Confiez-les nous (SALACROU, Terre ronde, 1938, I, 1, p. 139). Dans la lang. fam., le datif peut précéder le. Fossoyeur, pourquoi pleures-tu? Pourquoi ces larmes, pareilles à celles d'une femme? Rappelle-toi-le bien; nous sommes sur ce vaisseau démâté pour souffrir (LAUTRÉAM., Chants Maldoror, 1869, p. 153). — Mais je n'ai pas au moins Ferdinand! Dis-moi-le tout de suite, baissé tant que ça dans ton estime? Tu me le dirais? (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 450). Mais le petit, qui avait bonne envie de vivre, gigota tellement dans ses langes que Didace le rendit aussitôt à Marie-Amanda : — Ôte-moi-le des mains. J'ai trop peur de l'échapper (GUÈVREMONT, Survenant, 1945, p. 186). Tenez-le vous pour dit/ Tenez-vous le pour dit : les deux tours s'emploient indifféremment. Il faut que l'eau lui soit ainsi qu'une rosée, tenez-vous-le pour dit (PONCHON, Muse cabaret, 1920, p. 198). Tiens-le-toi pour dit (MARTIN DU GARD, Les Thibault, II, p. 109 ds GREV. 1969, § 482). 3. Vx ou littér. Lorsqu'un inf., dont le est compl. dir., se trouve précédé d'un auxil. de mode (vouloir, pouvoir, devoir), plus rarement aller ou être (au passé composé ou au passé simple), le peut précéder le premier verbe. Le maire lui prit sa fille unique, et au bout de huit jours la lui rendit gâtée. Je le fus voir alors (COURIER, Pamphlets pol., Gaz. vill., 1823, p. 187). Cependant lorsque, arrivés déjà à six lieues de Meulan, les gens d'armes demandèrent l'argent qui leur était promis, il ne les voulut point payer (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 397). Votre idéal peut être illimité, indéfini, ou, comme vous préférez dire, infini, mais cela une réalité ne le pourra jamais être, quelle qu'elle soit (BARRÈS, Cahiers, t. 5, 1907, p. 226). — Puis-je te servir à quelque chose? As-tu besoin de moi? Je me mis à sa disposition. Je lui promis de l'aller voir (DUHAMEL, Confess. min., 1920, p. 59).
Prononc. et Orth. : [], [la], [] et [le]. Le, la + voyelle ou h muet : élision (je l'appelle, je l'habille); le, la + en ou y : élision (je l'en priverai, je l'y laisserai); impér. positif + le, la + voyelle : pas d'élision (faites le entrer, faites la entrer), mais élision devant en ou y (faites l'en revenir, faites l'y mettre). Att. ds Ac. dep. 1694; 1740, 1762 ,,Quand le est après le verbe il ne s'élide point dans l'écriture ni même dans la prononciation, si ce n'est en vers; au-lieu que dans ce même cas, la ne souffre jamais d'élision`` mais 1798, 1835 ,,Quand le est après le verbe, s'il est suivi d'une voyelle, il ne s'élide point en écrivant, mais il s'élide en prononçant : voyez-le à son retour (on prononce voyez-l'à son retour). Dans le même cas, la ne souffre pas d'élision``; 1878, 1935 aucune remarque.
étymol. et Hist. : Pron. pers. de la 3e pers., cas régime atone I. Masc. A. Sing. 1. Placé devant le verbe a) ) 842 lo (Serments, éd. HENRY Chrestomathie, p. 2, 20 : et Karlus, meos sendra, de suo part non [sagrament] s tanit); 2e moitié Xe s. lo (St Léger, éd. J. Linskill, 14 : Al rei lo duistrent soi parent); mil. XIe s. le (St Alexis, éd. Chr. Storey, 31); ) 842 l' devant voyelle (Serments, p. 2, 21 : si io returnar non l' [Karlo] int pois); 1re moitié Xe s. (Jonas, éd. G. de Poerck, 187 : tant l'aveient [Deum] [of] fendut); ) id. enclitique qel = que lo (id., 215); b) 1174-76 terme d'appel déterminé par une prop. rel. (GARNIER DE PONT-STE-MAXENCE, St Thomas, éd. E. Walberg, 2913 : Deus le het qui sun pere volt metre desuz sei); 2. placé après le verbe a) fin Xe s. régime d'un inf., lui-même régime d'un autre verbe (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 157 : Sanct Pedre sols venjar lo volt); b) ) mil. XIe s. forme élidée (St Alexis, 181 : ... fait l'el muster venir); ) ca 1100 (Roland, éd. J. Bédier, 3770 : Serveie le par feid e par amur). B. Plur. 1. 1re moitié Xe s. placé après le verbe (Jonas, 167 : et etiam plora les [Judeos]). 2. 2e moitié Xe s. placé avant le verbe (St Léger, 214 : Domine Deu il les [les omnes de ciel païs] lucrat); ca 1100 enclitique sis = si les (Roland, 689). II. Fém. A. Sing. 1. Placé devant le verbe a) ) ca 881 la (Ste Eulalie, 3, 4, 9, 19, éd. HENRY Chrestomathie, p. 3); ) 2e moitié Xe s. l' devant voyelle (St Léger, 142 : Defors l'asist [la ciutat]); ) ca 1200 enclitique sel = se le, forme pic. du fém. (Aiol, 6624 ds T.-L.); b) 1er tiers XIIe s. ne représente aucun subst. du contexte (Gormont et Isembart, éd. A. Bayot, 250 : Ainces k'augiez guerres de terre Men enscient l'avrez mut pesme); 1178 ([i]Renart, éd. E. Martin, XIV, 136 : bone l'as trovée); c) 1re moitié XIIIe s. [ms. T] fonction d'attribut représentant un subst. fém. avec lequel il est accordé (Chansons de Conon de Béthune, éd. A. Wallensköld, 15, 3 : Et tel i a qui quide avoir amie Boine et loial ki onques ne la fu [leçon le ms. Bibl. nat. fr. 844, XIIIe s.]); l'accord du pron. pers. en tel cas est condamné par VAUG. [1647], p. 27-28, jugement confirmé par TH. CORNEILLE (Les Rem. de M. de Vaugelas, 1687, t. 1, p. 44) et par l'Ac. fr. (VAUG., Obs., 1704, p. 47); 2. placé après le verbe ca 1170 régime d'un inf. lui-même régime d'un autre verbe (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec, éd. M. Roques, 181 : Ferir la volt par mi le vis). B. Plur. fin Xe s. las (Passion, 414); mil. XIe s. les (St Alexis, 480). Même orig. que le, la, les, art. défini.
STAT.Fréq. abs. littér. Le1 et 2 : 1 474 119. La1 et 2 : 1 870 137. L'1 et 2 : 1 370 002. Les1 et 2 : 1 197 527. Fréq. rel. littér. Le1 et 2 : XIXe s. : a) 2 084 691, b) 2 129 858; XXe s. : a) 2 089 228, b) 2 092 731. La1 et 2 : XIXe s. : a) 2 649 391; b) 2 642 306; XXe s. : a) 2 684 335, b) 2 662 608. L'1 et 2 : XIXe s. : a) 2 008 156, b) 1 818 866; XXe s. : a) 1 855 178, b) 2 022 662. Les1 et 2 : XIXe s. : a) 1 887 145, b) 1 702 535; XXe s. : a) 1 662 977, b) 1 570 235.
BBG. — HERIAU (M.). Le Verbe impers. en fr. mod. Paris, 1980, pp. 83-85, 633-635, 735-736, 871-876, 1002-1008.

1. le [lə] (masc.), la [la] (fém.), les [le] (plur.), art. défini.
ÉTYM. 980; des cas-objet du lat. ille, qui ont donné aussi les pronoms personnels le, la, les.
REM. 1. Le, la se réduisent à l' devant une voyelle ou un h muet : l'ami, l'école, l'habit. Combinés avec à et de, le et les ont formé par « écrasement » au et aux, du et des; avec en, les a donné ès.
2. Dans l'ancienne langue, le, la, les étaient d'un emploi beaucoup plus restreint qu'aujourd'hui; on les trouvait rarement devant les noms abstraits, ou sans extension, ou devant les noms propres. Cette absence d'article s'est maintenue en français moderne : — dans les proverbes, les devises, les comparaisons usuelles : noblesse oblige, dur comme fer; — devant le second nom de groupes consacrés par un usage ancien : les us et coutumes, les Ponts et Chaussées; — après une préposition, lorsque le groupe préposition-nom a la valeur d'un adjectif ou d'un adverbe : peindre d'après nature; — dans des locutions verbales stéréotypées, où un verbe très usuel (avoir, faire, prendre…) forme avec le nom une unité de sens (avoir froid, faire fête, prendre parti). Dans ce cas, comme dans le précédent, le nom sans article ne peut recevoir la détermination d'un adjectif ou d'une proposition relative, sauf cas consacrés par l'usage (avoir grand-faim); — devant les noms propres de personnes ou de villes (sauf intention particulière entraînant l'article. → ci-dessous, I., 3.). — Dans tous les autres cas, l'absence d'article répond au désir de donner plus de rapidité à une énumération (Femmes, moine, vieillard [La Fontaine]), plus de généralité à un attribut (c'est sottise que de le croire).
———
I Le, la, les devant un nom.
1 (Devant un nom générique, espèce, concept, etc.). || Le chien est un mammifère carnivore. || C'est la femme (cit. 25) qui fait le monde. || L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux (Lamartine).Par métaphore. Devant un nom propre.
1 Sur le Racine mort le Campistron pullule !
Hugo, les Contemplations, I, VII.
REM. Dans l'ex. suivant, l'élision normale de le, la est supprimée, ce qui crée un effet stylistique.
1.1 (…) elle (la petite Bretonne) rapporta sa liste de mots français et se mit à réciter tout bas : « le avril, la biquette, la dure, la erreur, le messager, le monsieur, le toc-toc, le trisaïeul, le tuf, la vermine, le vilain, le vis-à-vis, la volée, le zèle, le zouave… »
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 126.
Par iron. ou emphatiquement. || Ce n'est pas un poète, c'est le poète. || C'est la belle vie.
2 Enfin il résolut de rapporter ses sentiments, ses idées, ses affections à une femme, une femme ! La phamme ! (sic).
Balzac, la Maison Nucingen, Pl., t. V, p. 611.
(Au pluriel, pour désigner tous ou presque tous les individus d'une espèce, d'un ensemble). || Les hommes sont méchants.
3 L'homme est plus intéressant que les hommes; c'est lui, et non pas eux que Dieu a fait à son image.
Gide, Littérature et Morale, in Journal 1889-1939, Pl., p. 93.
3.1 Il ne se disait pas qu'il y avait dans le canal des cygnes mais « les » cygnes, et dans le terrain un camélia mais « le » camélia, qui étaient des choses probablement aussi uniques en leur genre et en tous cas aimées et connues en tant qu'elles étaient bien celles-ci (…)
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 334.
(Au pluriel, devant un nom propre de famille, pour désigner tous les individus d'une même famille, d'une même dynastie). || Les Durand sont venus nous voir. || Les Bourbons. || Les Médicis.« Les Rougon-Macquart », « Les Oberlé », « Les Roquevillard », titres de romans.(En parlant des individus célèbres d'une famille). || Les Goncourt : les frères Goncourt. || Les Horaces.Par ext. (pour désigner les individus qui peuvent être assimilés par leurs mérites, leurs œuvres, etc., à celui qui porte tel nom). || Les Homères et les Virgiles.
Les, suivi du prénom et du nom du mari : le couple formé par cet homme et sa femme (en général, sans inclure les enfants). || « Séjour (…) près de Marc Allégret, des René Lefèvre, des Marcel Achard » (→ Charmant, cit. 3, Gide).Fam. (dans une famille). || Les Jean, les Pierre : Jean et sa femme, Pierre et sa femme.
2 « Article de notoriété ». (Devant un nom désignant un objet unique très connu, ce qui est conforme à l'usage, à la norme ou, du moins, ce qui est connu du lecteur, de l'interlocuteur). || Le Soleil, la Lune (ou : le soleil, la lune). || Mettre le couvert. || Fumer la pipe. || Garder la chambre. || Jouer la comédie.
(Avec des noms de maladie). || Avoir la rougeole, la fièvre.(Notoriété occasionnelle, résultant du contexte, des circonstances, etc.). || Le six février 1934. || Le dix de ce mois. || L'heure est grave (l'heure présente). || Fermez la porte. || Les enfants sont sortis. || J'irai dans les trois jours (ceux qui suivent le moment dont on parle).REM. Un nom qui vient d'être présenté avec l'article indéfini peut, s'il est repris immédiatement après, être précédé de le, la ou les.
4 Certain fou poursuivait à coups de pierre un sage.
Le sage se retourne (…)
La Fontaine, Fables, XII, 22.
5 Comme il débutait dans le pays, il avait soigné les choses (…)
Flaubert, Mme Bovary, I, IV.
(Devant les noms de parties du corps, le, la, les suffisant souvent pour désigner le possesseur, en particulier quand le contexte contient un pronom personnel ou réfléchi). || Baisser les yeux. || Demeurer les bras (cit. 19) croisés. || Un frisson (cit. 4) lui secoua les épaules. || Je lui ai fermé la bouche (cit. 15 et 21). || Il s'est cassé la jambe.
6 Le cœur me battait fort en poussant la barrière du jardin.
Gide, la Porte étroite, III. — Comparer : « Mon cœur battait si fort que je crois qu'elle le sentit » (ibid., II).
REM. 1. À cet emploi « notoire » de l'article peut se rattacher ce qu'on a appelé l'emploi « typique ». || Jouer à l'innocent. || Faire l'imbécile. || « Qui veut faire l'ange fait la bête » (Pascal). || « En faisant ici les Bohèmes » (Hugo). Faire, III., 5. (cit. 157 à 163).
2. Se rattache également à cette nuance l'emploi de le, la, les, avec affection ou prétention, devant des noms désignant des objets familiers, ou dont on est propriétaire.
7 Le chauffeur dit : ma voiture, mais le patron dit : la voiture, et ce n'est pas par modestie.
A. Hermant, in F. Brunot et Ch. Bruneau, Grammaire historique, no 494.
8 Pour les petites Herpain, la maison de la rue Carnot n'était ni belle, ni laide. C'était la maison.
A. Maurois, le Cercle de famille, I, VII.
3 Employé particulièrement devant les noms déterminés par un complément, ou une proposition. || Le Livre de mon ami, ouvrage d'A. France. || La peur de vivre. || La lutte pour la vie. || Les grenouilles qui demandent un roi (La Fontaine). || C'est l'homme dont je vous ai parlé. || L'espoir de réussir. || J'ai la certitude qu'il s'est trompé.
(Devant des noms propres qui habituellement ne prennent pas l'article). || Le Bossuet des Oraisons funèbres. || Le Néron de Racine. || Le Néron que l'on découvre au quatrième acte de Britannicus.Le Paris de ma jeunesse. || Ce n'est plus le Berlin que j'ai connu.(Ces mêmes noms étant accompagnés d'un adjectif à valeur déterminative). || Le grand Corneille. || Le vieux Paris. || La Tunis arabe (J. Romains).
9 Ce n'était pas le Paris clair et bien dessiné qu'on découvre du haut des collines illustres, c'était une immensité confuse (…)
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, I, III.
10 (…) il fut question d'un immeuble, de sérieuse importance, situé sur le territoire de la commune de Saint-Cyr (non pas le Saint-Cyr l'École, mais le Saint-Cyr sous Dourdan).
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, VI, p. 51.
4 Employé avec une valeur démonstrative ou exclamative. || Oh ! le beau chien. || Debout (cit. 13), les morts !
11 Passez votre chemin, la fille, et m'en croyez.
La Fontaine, Fables, III, 1.
12 Dormez, les champs ! dormez, les fleurs ! dormez, les tombes !
Hugo, les Contemplations, VI, À celle qui est restée en France, VIII.
13 « Adieu, les camarades », nous dit-il tout à coup (…)
Proust, À la recherche du temps perdu, t. I, p. 165.
5 Employé avec une valeur distributive :(Devant un nom au singulier désignant une unité, ou un objet pris comme unité). Chaque, par. || Cent francs la pièce.(Devant un nom de division du temps pour marquer la fréquence). || Elle sort deux fois (cit. 7 et 9) le mois.
14 Pendant tout l'hiver, trois ou quatre fois la semaine à la nuit noire, il arrivait dans le jardin.
Flaubert, Mme Bovary, II, X.
(Devant un nom de jour, pour indiquer la périodicité). || Le médecin reçoit le lundi ou les lundis (chaque lundi).
6 (Après certaines prépositions, et devant un nom de nombre, pour indiquer une approximation, en particulier dans les compléments de temps). || Sur les deux heures, vers les huit heures.REM. Cet emploi est légèrement familier.
15 Qu'il fasse beau, qu'il fasse laid, c'est mon habitude d'aller sur les cinq heures du soir me promener au Palais-Royal.
Diderot, le Neveu de Rameau.
16 Quand le courrier de Banon passe à Vachères, c'est toujours dans les midi.
J. Giono, Regain, I, I.
17 — Quel est le chiffre du loyer ? — Tout compris, ça ira chercher dans les neuf mille cinq.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XXIV, XI, p. 102.
7 (Au sing.). Devant les noms propres de personne. (La indiquant qu'il s'agit de la femme ou, parfois, de la fille du chef de famille). || La Thénardier (dans les Misérables).Fam. (régional, rural). || La Jeanne est une bonne fille.
18 Excepté pendant le temps où elle vaquait aux soins du ménage, la Sauviat était toujours assise sur une mauvaise chaise (…)
Balzac, le Curé de village, Pl., t. VIII, p. 539.
19 Il se sent redevenir le Claudius, le vrai gars de Clochemerle (…)
G. Chevallier, Clochemerle, VIII.
REM. À l'imitation de l'italien qui met volontiers l'article devant les noms propres, le français depuis trois siècles emploie quelquefois l'article devant les noms de femmes célèbres (actrices, danseuses, courtisanes, criminelles…) : la Champmeslé, la Clairon, la Brinvilliers, la Pavlova. Cet emploi n'a jamais été très naturel en français où (à l'exception du milieu rural et notamment devant un prénom) les connotations péjoratives l'emportent, sauf à propos de certaines cantatrices italiennes ou connues en Italie (la Callas, la Tebaldi).
20 En l'appelant la Molé (…) M. de Charlus lui faisait justice. Car toutes ces femmes étaient des actrices du monde (…)
Proust, À la recherche du temps perdu, t. XII, p. 91.
Péj. || « À mort le Blum ! » (in M. Aymé).
8 Introducteurs attitrés du nom commun. (Pour modifier par métonymie le sens des noms propres devant lesquels ils sont placés). || La Citroën (l'automobile) de mon père. || Les Rubens (les tableaux de Rubens) de ce musée. || Le Corneille (le texte de Corneille) est joli (cit. 2) quelquefois.
REM. L'article se met au genre du nom sous-entendu. La Renault (l'automobile), mais le Renault (le tracteur, le camion). Il en est de même devant les noms de bateaux, de paquebots, d'avions, etc., à moins qu'ils n'impliquent une comparaison, une assimilation. Le Normandie, le Ville-d'Oran, mais la Malle des Indes (bateaux); le Constellation, mais la Caravelle (avions); le Mistral, mais la Flèche d'or (trains).
21 (…) raide, tendre et pâle comme on l'est, vierge, dans les Greco.
Giraudoux, Églantine, III.
(Pour transformer en substantifs des mots de toute espèce). || « Les Misérables », « Les Superbes », « Les Humbles » (titres de romans).Le liquide des eaux. || L'épais des forêts. || L'homme ne désire que le difficile (cit. 19, 20 et 21).Les vivants. || Le blessé. || L'être. || Le manger et le boire.Ignorer le pourquoi et le comment (cit. 17, 18 et 19). || Les mais, les si, les car (cit. 8). || Le moi est haïssable (cit. 9). || Les moins de vingt ans. || Le qu'en-dira-t-on. || Le « qui te l'a dit » d'Hermione. || Le cogito cartésien. || Le to be or not to be d'Hamlet.
22 — (…) voilà qui est poussé dans le dernier galant (…)
— C'est là savoir le fin des choses, le grand fin, le fin du fin.
Molière, les Précieuses ridicules, IX.
23 Le stupide, attendri, sur l'affreux se penchant,
Le damné bon faisant rêver l'élu méchant !
Hugo, la Légende des siècles, LIII.
24 Ah ! dans ces tristes décors
Les Déjà sont les Encors ! (…)
(…) Ah, dans ces mornes séjours
Les Jamais sont les Toujours !
Verlaine, Parallèlement, « Révérence parler », IV.
25 Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades.
Edmond Rostand, l'Aiglon, II, 9.
26 Je vous épargnerai (…) les « peut-être », les « si j'ose dire », les « en quelque sorte », et autres mantilles du langage, dont un Renan peut seul se parer avec grâce.
France, le Livre de mon ami, Livre de Suzanne, III, II.
27 Le trop amène le trop peu. Il n'est pas de pires malades que les trop bien portants.
R. Rolland, Jean-Christophe, Buisson ardent, p. 1409.
9 Le art. masc. formant, avec des adjectifs d'ordre moral ou abstrait, des syntagmes nominaux « neutres », où il a le sens de « la chose… », « ce qu'il y a de… ». || L'ennuyeux, c'est qu'on n'aura pas le temps de les prévenir. || C'est ça, l'important.(Avec l'adjectif au superlatif). || Vous ne savez pas le plus beau ! || Le plus difficile reste à faire.(Suivi d'un complément). || Il n'a pas l'air d'apprécier le cocasse de cette aventure. || Le plus étonnant de l'histoire, c'est qu'on ne s'est aperçu de rien.
———
II Le, la, les devant un qualificatif.
A (Devant un adjectif qualificatif se rapportant à un nom déjà exprimé). || Les affaires politiques et les militaires.
28 L'un a du moins les affaires de terre, et l'autre les maritimes.
La Bruyère, les Caractères, VIII, 19.
29 (Il) implorait du secours, tout au moins celui d'une main humaine, à défaut de la divine, à l'existence de laquelle il ne croyait pas.
A. de Châteaubriant, la Réponse du Seigneur, Prologue.
Fam. et par plais. || Préférez-vous les en noir ou les en couleurs ?, les cartes postales en noir, en couleurs.
30 (…) les chasseurs à pied et les chasseurs à cheval, ça fait deux. — Zut ! dit Barque, j'oubliais les à cheval.
H. Barbusse, le Feu, I, VII.
B (Avec un nom accompagné de plusieurs adjectifs).
1 Répété devant des adjectifs juxtaposés et précédant le nom.
31 La saine, la forte, la libre nature humaine, voilà la seule vertu (…)
R. Rolland, Jean-Christophe, L'adolescent, p. 267.
2 Répété devant des adjectifs coordonnés qualifiant des êtres ou des objets différents, mais non répété s'il s'agit d'un seul être ou d'un seul groupe d'êtres. || La grande et la petite industrie. || L'histoire grecque et la romaine. || Le spirituel et malin critique. || Les lois divines et humaines.
32 Mais si les lois, au lieu d'être confondues ainsi par la pensée, sont conçues comme étant en opposition, alors la dualité des choses entraîne naturellement celle de l'article (…) « Les lois divines et les humaines (mais on dit mieux : et les lois humaines)… »
G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §87.
33 (…) pas un ministre ne m'obligera de dire l'histoire ancienne et moderne quand je veux distinguer l'une de l'autre et que ma conscience m'ordonne de dire l'histoire ancienne et la moderne.
A. Hermant, Xavier…, 4e entretien.
REM. Après ni disjonctif, la répétition de l'article est obligatoire.
34 Évidemment, je ne considère ni la République romaine, ni la batave, ni l'helvétique, mais seulement la française.
France, l'Orme du mail, XIII, Œuvres, t. XI, p. 147.
C À la…, suivi d'un adjectif féminin, et servant à former une locution adverbiale qui exprime la manière. || Se lancer à la légère. || Jardins à la française. || Filer à l'anglaise. || Agir à l'étourdie. || Pâtes à l'italienne. || Ragoût à l'ancienne.REM. Dans ces expressions, l'article remplace un nom féminin sous-entendu, d'où la construction analogue avec un nom, souvenir de l'ancien cas-complément. || Élevé à la diable (à la manière du diable). || Cheveux à la Jeanne d'Arc. On trouve une survivance analogue du cas-complément après l'article dans la Saint-Jean (la fête de saint Jean).
35 (…) il tâchait de former son fils, voulant qu'on l'élevât durement, à la spartiate (…)
Flaubert, Mme Bovary, I, I.
———
III Le, la, les et le superlatif ( Plus, moins; mieux, pire, pis). || « L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature (…) » (Pascal). || La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle a. || « Et les plus malheureux osent pleurer le moins » (Racine, Iphigénie, I, 5). || Le mieux est l'ennemi du bien.
REM. 1. Répétition de l'article. Quand le superlatif suit le nom, l'article se répète, par pléonasme, devant le superlatif. La fille la plus belle. || « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux » (Musset). — Jusqu'au XVIIIe s., les écrivains n'énonçaient l'article qu'une fois, au risque de donner au superlatif l'apparence d'un comparatif : || « Chargeant de mon débris les reliques plus chères » (les plus chères), Racine, Bajazet, III, 2. — On trouvait aussi le superlatif après un nom introduit par l'article indéfini :
36 (…) c'est une chose la plus aisée du monde (…)
Molière, l'Avare, III, 1.
37 — De qui parlez-vous et quel mal ai-je causé ?
— Un mal le plus cruel de tous, car c'est un mal sans espérance (…)
A. de Musset, les Caprices de Marianne, I, 5.
2. Accord de l'article et du superlatif.a) L'article s'accorde avec le nom ou pronom auquel se rapporte le superlatif quand on compare plusieurs êtres ou objets. Cet élève est le plus travailleur. C'est la femme la plus élégante que je connaisse. Voici les deux livres les plus rares de ma bibliothèque.b) L'article reste invariable (le) quand on veut marquer qu'un être ou un objet atteint, au moment indiqué par le contexte, le plus haut degré d'une certaine qualité. C'est ce jour-là qu'elle a été le plus souffrante. Cette règle logique (puisque le plus signifie ici « au plus haut point ») n'est pas toujours observée par les écrivains (Ex. : Bossuet, cit. 38, infra).
38 (Jésus-Christ) est venu surprendre la reine dans le temps que nous la croyions la plus saine, dans le temps qu'elle se trouvait la plus heureuse.
Bossuet, Oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche.
39 (…) aux instants où elle était le plus heureuse, son visage devenait plus grave.
Marcel Arland, Monique, III.
40 C'est souvent lorsqu'elle est le plus désagréable à entendre qu'une vérité est le plus utile à dire (…)
Gide, Journal, 5 juil. 1944.
c) L'article reste de même à la forme neutre (le) quand le superlatif modifie un verbe ou un adverbe.|| « C'est la femme que j'ai le plus aimée » (Académie). Les livres qu'il a le plus sévèrement critiqués.
———
IV Le, la, les, combinés avec des indéfinis, des possessifs, etc. || L'un… l'autre, l'un ou (et) l'autre. Autre, un.Le (la) même, les mêmes. Même.L'on. On.Tout le, toute la, tous les. Tout.Le mien, le tien, etc. Mien, tien, sien, etc.La plupart. Plupart.
HOM. 2. Le. — V. 3. La. — Lé.
————————
2. le [lə], la [la], les [le] pron. pers.
ÉTYM. Xe; lo en 842, Serments de Strasbourg; lat. ille; même étym. que 1. Le. REM. 1. Le est le pronom personnel objet ou attribut de la 3e personne (le, masc. sing. et neutre; la, fém. sing.; les, plur. masc. et fém.).
2. Le et la s'élident en l' devant un verbe commençant par une voyelle ou un h muet, et devant en et y : je l'entends; ils l'hébergent; elle l'y a mis; je l'en remercie. Placés après un impératif positif, le et la ne s'élident que dans les groupes l'en et l'y : faites-la entrer; faites-le apporter; faites-l'en retirer.
3. Le, la, les accompagnent toujours un verbe ou les présentatifs voici, voilà.
———
I Le, la, les, objet direct.
1 Représentant normalement un nom ou un pronom qui vient d'être exprimé. || Je le connais. || Nous la voyons souvent. || Regardez-les. || Et celui-là, le connaissez-vous ? || Il prétend qu'on l'a volé.
1 Cet animal est triste et la crainte le ronge.
La Fontaine, Fables, II, 14.
2 Ces matinées ténébreuses de l'hiver, qu'il les haïssait !
F. Mauriac, Génitrix, XVI.
Représentant, par anticipation, un nom ou un pronom qui va être exprimé.
3 Il fallait l'éblouir ou l'attendrir, cette femme !
France, les Désirs de Jean Servien, XIV.
4 (…) la comprend-il assez, sa sonate, le petit misérable ?
Proust, À la recherche du temps perdu, t. I, p. 286.
(Le, la, les, compléments de voici, voilà). || Le voici, la voilà, les voilà.
5 Mon sillon ? Le voilà. Ma gerbe ? La voici.
Hugo, les Contemplations, IV, XIII.
REM. Le, la, les ne peuvent, en principe, représenter un nom indéterminé ou formant une locution verbale; on trouve pourtant parfois cette construction.
6 Nulle paix pour l'impie. Il la cherche, elle fuit (…)
Racine, Esther, II, 8.
7 (…) faites miséricorde, parce que vous l'avez reçue; faites miséricorde, afin que vous la receviez (…)
Bossuet, Sermon pour le lundi 1re semaine de Carême, Sur l'aumône, I.
8 (…) les pédants (…) ont (…) tort quand ils condamnent : « J'ai demandé grâce et je l'ai obtenue ». Cette tournure n'est point grammaticale, mais elle est française, ce qui vaut mieux.
A. Hermant, Xavier, 6e entretien.
9 Je n'étais pas loin de me faire horreur comme se le ferait peut-être à lui-même quelque parti nationaliste (…)
Proust, À la recherche du temps perdu, t. XV, p. 52.
2 Le, de valeur neutre, représentant un terme, un verbe, un concept ou un membre de phrase qui vient d'être énoncé (→ infra, cit. 11, Racine et 13, Duhamel) ou qui va l'être. || Cela vous le savez comme moi. || Tout ce qui est arrivé, nous l'avions prévu. || Partez, il le faut. || Je vais vous le dire, ce qu'il a fait !
10 — Rodrigue, qui l'eût cru ? — Chimène, qui l'eût dit ?
— Que notre heur fût si proche et sitôt se perdît ?
Corneille, le Cid, III, 4.
11 Qu'il meure, puisqu'enfin il a dû le prévoir,
Et puisqu'il m'a forcée enfin à le vouloir.
Racine, Andromaque, V, 1.
12 Si je vous le disais pourtant, que je vous aime (…)
A. de Musset, Poésies nouvelles, « À Ninon ».
13 Notre grammaire est compliquée. Je le sais bien.
G. Duhamel, Chronique des saisons amères, p. 24.
REM. Dans ce dernier exemple, le n'est pas indispensable et ne sert qu'à mettre en relief la proposition qui suit. Au contraire, l'emploi de le est obligatoire quand il représente une proposition détachée (→ supra, cit. 10, Corneille) ou une complétive qui précède (Que cela vous ennuie, je le sais bien).
14 Que charité soit synonyme d'amour, tu l'avais oublié (…)
F. Mauriac, le Nœud de vipères, VII.
3 Le, la, les, formant avec certains verbes des gallicismes où il est parfois difficile de discerner quel mot représente le pronom.
a Le. || Je ne l'entends pas de cette oreille. || Le disputer (cit. 7 et 8) à qqn. || Je vous le donne en cent, en mille. || Le céder (cit. 7) à, l'emporter (cit. 35 à 41) sur qqn… || Le faire au sentiment (→ Faire, cit. 79 à 81). || Le prendre sur un ton… || Se le tenir pour dit. || Il ne se l'est pas fait dire (cit. 74) deux fois.
15 — Commencez donc. — Messieurs… — Oh ! prenez-le plus bas (…)
Racine, les Plaideurs, III, 3.
16 Et pour le trancher net, je ne m'accommode point de votre félicité.
Diderot, le Neveu de Rameau.
b La. || La bailler (cit. 3) belle (cit. 77 et 78), bonne. || L'échapper belle. || Il la trouve mauvaise. || Vous me la paierez, celle-là ! || Se la couler (cit. 33) douce. || Il ne faut pas nous la faire. || Ferme-la (la bouche). Fam. || La sauter : avoir faim.
17 (…) puisque Swann veut nous la faire à l'homme du monde (…)
Proust, À la recherche du temps perdu, t. II, p. 69.
18 Vous n'êtes pas un bleu, vous; ce n'est pas de ce matin que vous comptez à l'escadron, et vous la connaissez il y a belle lurette. Mais l'important n'est pas de la connaître : c'est de la pratiquer.
Courteline, Lidoire, I.
c Les. Fam. ou pop. || Les mettre (les jambes, les bouts, les voiles, les bâtons…) : déguerpir. || Se les caler (les joues). || Les allonger, les lâcher (l'argent). || Les avoir à zéro (les fesses) : avoir peur.
19 (…) tu n'as pas l'air de te les caler avec des briques.
Clément Vautel, Mon curé chez les pauvres, p. 127.
d Par euphémisme (désignant les parties sexuelles). Fam. ou pop. || Il y a de quoi se la mordre ! || Tu nous les casses ! || On se les gèle, ici ! || Tu peux toujours te l'accrocher ! || Se les gratter : ne rien faire.
19.1 Elle se campe devant moi, le ventre en avant, fléchit sur ses cuisses; ses mains écartent. « Regarde-le, mon Stève. Regarde-le, celui de ta salope. » Et je le vois pour la première fois, car avant ça ne comptait pas.
André Hardellet, Lourdes, lentes…, p. 47.
4 (Place de le, la, les).
a Avant le verbe, ou avant voici, voilà. || Je le connais. || Il la voit, nous les avons vus. || Les voici. || La voilà.
b Le, la, les, se plaçant après l'impératif à forme positive dont ils sont compléments. || Regardez-le (-la, -les). || Laissez-la avancer. || Menez-l'y. || Avertissez-l'en.
REM. Dans la poésie classique, la voyelle finale de le, la, pouvait s'élider : || « Mettons-le en notre gibecière » (La Fontaine, Fables, V, 3) compte pour huit pieds. — Quand deux impératifs étaient coordonnés, le personnel objet pouvait être placé avant le second impératif :|| « Sèche tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue » (Corneille, Horace, IV, 7); || « Enseignez toutes les nations, et les baptisez… » (Bossuet).
c Le, la, les, compléments d'un infinitif dépendant d'un premier verbe (aller, croire, penser, savoir…) et se plaçant normalement entre ce verbe et l'infinitif, lorsque tous deux ont le même sujet. || J'irai le (la, les) voir.
REM. L'ancienne langue plaçait souvent le pronom avant le premier verbe : Je la dois attaquer, mais tu la dois défendre (Corneille, le Cid, III, 4). Certains écrivains contemporains emploient encore cet archaïsme « distingué » (Ch. Bruneau).
20 (…) j'avais besoin de prétextes pour l'aller rejoindre.
Balzac, le Lys dans la vallée, Pl., t. VIII, p. 965.
21 Son père, le voulant réjouir, lui fit cadeau d'une grande épée sarrasine.
Flaubert, Trois contes, « La légende de saint Julien l'Hospitalier », I.
22 (…) et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Verlaine, Poèmes saturniens, « Melancholia », VI.
23 (…) à l'idée qu'on le pourrait entendre du dehors.
Gide, la Symphonie pastorale, 29 mai, p. 156.
24 (…) quel autre l'eût pu faire ?
J. Romains, les Copains, I.
Le (la, les) placé après ne pas, quand l'infinitif est accompagné d'une négation. || Je préfère ne pas le recevoir.REM. Dans l'ancienne langue, le pronom se plaçait souvent entre ne et pas.
25 (…) il reçut cent coups de bâton pour ne le pas violer.
Montesquieu, Lettres persanes, LIX.
Le (la, les) placé avant le verbe, quand celui-ci et l'infinitif qui le suit n'ont pas le même sujet. || Je l'ai envoyé chercher, mais il n'était pas chez lui. || Où est votre voiture ? Je la fais laver.REM. Il en est ainsi notamment lorsque le (la, les) est à la fois complément du verbe régissant et sujet de l'infinitif. || Il faut le faire manger, cet enfant. || Il la fait démarrer (sa voiture).
d (Avec des pronoms compléments de fonctions différentes).
Complément d'objet direct, placé immédiatement avant le verbe, quand les pronoms ne sont pas de la même personne. || « On me l'a dit, il faut que je me venge » (La Fontaine). || « … lorsque j'ai fait un vers, et que je l'aime, Je me le paye, en me le chantant à moi-même ! » (Rostand, Cyrano de Bergerac, II, 7). || Ne me le donnez pas.
Placé en tête quand les pronoms sont tous les deux de la 3e personne : || Je le lui ai dit. || Il les y a envoyés. || Je les en ai débarrassés.
Placé en tête des deux pronoms quand le verbe est un impératif à forme positive. || Dites-le-lui; donnez-la-moi; enveloppez-les-nous. || Avertissez-l'en (P. Benoit, les Compagnons d'Ulysse, V, p. 141).
REM. 1. L'ordre inverse est usuel dans la langue familière : || « Faites-le composer avec soin (l'article) […] et puis adressez-moi-le par la poste » (Sainte-Beuve, Lettre à Buloz, 23 nov. 1837). — L'expression Se le tenir pour dit peut se construire avec les deux ordres : tenez-vous-le pour dit (Académie, Lemaitre, Mauriac…) ou (moins couramment), tenez-le-vous pour dit (Colette).
2. Avec laisser, faire et les verbes de perception (voir, entendre, etc.), la place des pronoms personnels soulève un problème délicat. « Si le verbe principal et l'infinitif ont chacun un pronom personnel complément, on place chaque pronom devant son verbe (…) Je les vois me suivre… Ce livre, on nous laisse le lire. Toutefois, quand le pronom personnel complément de l'infinitif est le, la, les, on peut le juxtaposer, devant le verbe principal, au pronom complément de ce verbe principal… » (Grevisse, §483, 4e, N. B.). Il se place alors soit après me, te, nous, vous, soit avant lui, leur. Il refusa de me la laisser prendre. || « On le lui fit bien voir » (La Fontaine, Fables, VII, 1). || « Mais un peu de courage vous le fera trouver » (La Fontaine, Fables, V, 9). Un autre ordre consiste à disjoindre les deux pronoms et à placer devant le premier verbe le pronom sujet de l'infinitif : Nous les avons vus l'emmener de force.
26 Cette dernière combinaison, je ne l'avais pas dite à ma mère; le reste suffisait déjà pour la faire me juger fou.
Gide, Si le grain ne meurt, II, II, p. 355.
27 (…) il espérait (…) que nul ne le verrait plus, et qu'il ne verrait plus les autres le voir.
F. Mauriac, le Désert de l'amour, III.
3. Pour le choix des pronoms — objet direct (le) ou objet indirect (lui) — dans la proposition infinitive construite avec faire. → Faire (IV., rem. 2 et cit. 181, 182, 184, 186, 187, 191, 192, 193 et 195); et aussi Lui; leur.
5 (Omission de le, la, les).
Le (la, les) souvent omis, pour des raisons phonétiques, devant lui ou leur, dans la langue classique et encore aujourd'hui dans la langue familière.
28 Le Pape envoya le Formulaire, tel qu'on lui demandait (…)
Racine, Port-Royal.
29 (…) comme les hommes ne se dégoûtent point du vice, il ne faut pas aussi (non plus) se lasser de leur reprocher (…)
La Bruyère, les Caractères, Préface.
30 J'ai besoin de la clef d'Hector. Mireille le sait. Cours lui demander.
Béatrix Beck, Léon Morin, prêtre, II, p. 25.
Le, neutre, souvent supprimé, notamment dans des comparatives, des incises, auprès de verbes comme « voir, pouvoir, savoir, croire, falloir, faire… ». || Vous voyez, il est encore en retard. || Venez quand vous pourrez. || Tant que vous voudrez. || Comme (cit. 23) on (le) dit… || « Parlez sans vous troubler, si vous pouvez » (Beaumarchais, le Barbier de Séville, III, 2).Cela va sans dire (cit. 31); ce n'est pas pour dire. || Si j'ose dire.REM. Avec faire remplaçant dans une comparative un autre verbe, l'emploi de le est facultatif. → Faire (VI.; et cit. 210 à 214).
6 (Répétition de le, la, les).
Le (la, les) normalement répété devant chaque verbe coordonné ou juxtaposé. || Je l'aime et l'admire.REM. Quand le verbe est à un temps composé, on répète le pronom si l'auxiliaire est lui-même répété. Je l'ai vu et l'ai observé (mais : je l'ai vu et observé).
31 (…) et sa fureur extrême
Le fatigue, l'abat; le voilà sur les dents.
La Fontaine, Fables, II, 9.
32 Je la retire, la considère et la jette dans un coin.
G. Duhamel, Récits des temps de guerre, I, Hist. Carré…
REM. En français classique, surtout en poésie, le pronom était parfois omis devant le second verbe :
33 Cet hymen m'est fatal, je le crains et souhaite (…)
Corneille, le Cid, I, 2.
———
II Attribut.
1 Le, la, les représentant un mot qui vient d'être exprimé ou, plus rarement, qui va être exprimé. || « Charmante, elle l'est dès maintenant » (Maurois, Ariel, p. 77). || « Vous l'êtes, mal élevées, toutes les deux » (H. Bernstein, la Rafale, II, 4).
2 (Accord du pronom attribut).
a Le, (la, les), s'accordant en genre et en nombre avec le substantif qu'il représente. || « La reine ? vraiment oui; je la suis en effet » (La Fontaine, X, 2.)
34 Rosine !… Je ne la suis plus, cette Rosine que vous avez tant poursuivie ! je suis la pauvre comtesse Almaviva…
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, II, 19.
35 Je suis l'amie de M. Georges Saintenois, et je la resterai.
Paul Bourget, la Geôle, VIII.
REM. 1. Le pronom peut cependant rester invariable (le) si le nom est pris en valeur d'adjectif :|| « Une femme qui n'est pas ma femme, qui ne le sera jamais » (Daudet, l'Immortel, XIII, p. 298); || « La France est l'ennemie, le restera » (Romains, les Hommes de bonne volonté, t. X, VIII, p. 105).
2. En réponse à une question, il est préférable d'employer le tour démonstratif « C'est » : « Êtes-vous la personne que… ? Oui, c'est moi », plutôt que Je la suis. Pour représenter les noms de choses, Littré recommandait encore l'emploi de le, la, les. « Est-ce là votre voiture ? Oui, ce l'est ». Ce tour est vieux.
b Le, (la, les), généralement invariable (le) quand il représente un adjectif ou un participe passé.
36 (…) j'étais fatiguée tout à l'heure, maintenant je ne le suis plus.
A. de Musset, la Confession d'un enfant du siècle, III, IV.
37 Dans le même temps que les mœurs devenaient plus libres, l'intelligence le devenait moins (…)
R. Rolland, Jean-Christophe, Nouvelle journée, p. 1570.
38 (La barbe est) presque indissolublement liée aux fonctions sérieuses, ou qui veulent le paraître (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. X, I, p. 9.
REM. 1. Cette règle est relativement moderne. On trouve l'accord chez Corneille (Pompée, V, 2), Mme de Sévigné, Beaumarchais (le Mariage de Figaro, III, 16), et encore, par archaïsme ou affectation de féminisme, chez des écrivains modernes :|| « J'ai été très calme. Je la suis plus encore, ce matin » (Bourget, l'Étape, p. 19). || « Je n'ai jamais été vraiment amoureuse; à présent je la suis » (Colette, Mitsou, VI, p. 66).
2. « Il faut éviter de faire représenter par le un adjectif au superlatif : “Elle aimait le beau linge, et le plus fin ne le lui paraissait jamais assez…” » (H. de Régnier, in G. et R. Le Bidois, Syntaxe du français moderne, t. I, p. 133).
3. On ne fait généralement pas représenter par le un adjectif qui n'est pas au même genre (ou nombre) que l'adjectif explicité dans le contexte :|| « … c'est moi la plus contente. — Mais nous le sommes, madame… » (Boylesve, l'Enfant à la balustrade, IV, XII, p. 353).
4. Le peut représenter un participe passé qui n'a pas été énoncé dans le contexte. Littré recommandait de dire : « Je le traiterai comme il mérite d'être traité », et non pas « comme il mérite de l'être ». Ce dernier tour est pourtant courant :|| « On ne se laisse plus séduire, parce qu'on ne craint plus de l'être » (Sand, Journal intime, p. 121); || « … en ne la traitant pas comme elle mérite de l'être » (F. Mauriac, la Pharisienne, XI, p. 130); || « On ne peut bien déclamer que ce qui mérite de l'être » (Voltaire); || « Ne vous laissez pas troubler… J'avoue que je l'ai été moi-même au début » (Maurois, Cercle de famille, II, XVI, p. 215).
3 Le attribut, suivi d'un complément déterminatif (comme le serait le mot qu'il remplace).
39 (…) un être leur paraît esclave dès qu'il l'est de ses passions (…)
Gide, Journal, 1923, Feuillets, I.
4 Le, attribut, tantôt exprimé, tantôt omis dans les comparatives : || « Jamais père ne fut plus heureux que vous l'êtes » (Racine, Iphigénie, I, 4); || « Je pars, plus amoureux que je ne fus jamais » (Racine, Bérénice, I, 4). || « Étranger comme je le suis à… » (France, le Crime de Sylvestre Bonnard, p. 122); || « … pressé d'argent comme il est toujours » (Romains, les Hommes de bonne volonté, t. II, XI, p. 115). REM. 1. Il est préférable d'exprimer le pronom le quand on veut insister sur la manière plutôt que sur la qualité (→ ci-dessous, cit. 42, France).
2. Le est obligatoire quand l'attribut qu'il représente est précisé par un complément déterminatif ou quand le second terme de la comparaison contient un autre verbe que le premier.
40 Vous ne le croiriez pas peut-être, ajoute-t-il, entêté comme vous l'êtes des préjugés de l'Orient (…)
Montesquieu, Lettres persanes, XLVIII.
41 Je me vis aussi méprisable que je l'étais devenue (…)
Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, III, XVIII.
42 (…) vous deviez pourtant bien penser que telle que je suis, mariée comme je l'étais (…)
France, le Lys rouge, XXXIV.
HOM. 1. Le. — V. 3. La. — Lé.

Encyclopédie Universelle. 2012.


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